Savitri - Book Two - Canto 10



French translation by: Divakar Jeanson

BOOK TWO - The Book of the Traveller of the Worlds

LIVRE DEUX – Le Livre du Voyageur des Mondes

Canto Ten - The Kingdoms and Godheads of the Little Mind

Chant Dix – Les Royaumes et les Divinités du Mental Inférieur

This too must now be overpassed and left, As all must be until the Highest is gained In whom the world and self grow true and one: Till That is reached our journeying cannot cease. Always a nameless goal beckons beyond, Always ascends the zigzag of the gods And upward points the spirit's climbing Fire. This breath of hundred-hued felicity And its pure heightened figure of Time's joy, Tossed upon waves of flawless happiness, Hammered into single beats of ecstasy, This fraction of the spirit's integer Caught into a passionate greatness of extremes, This limited being lifted to zenith bliss, Happy to enjoy one touch of things supreme, Packed into its sealed small infinity, Its endless time-made world outfacing Time, A little output of God's vast delight. The moments stretched towards the eternal Now, The hours discovered immortality, But, satisfied with their sublime contents, On peaks they ceased whose tops half-way to Heaven Pointed to an apex they could never mount, To a grandeur in whose air they could not live. Inviting to their high and exquisite sphere, To their secure and fine extremities This creature who hugs his limits to feel safe, These heights declined a greater adventure's call.

Cela aussi devait être laissé en arrière, Comme tout doit l’être jusqu’au gain du Très-Haut En Qui deviennent vrais et unis l’être et le monde : Jusque Là, notre périple ne peut s’achever. Toujours un but innommable au-delà nous fait signe, Toujours monte la route sinuante des dieux Et toujours le Feu de l’esprit nous montre les cimes. Ce souffle de félicité cent fois nuancé Et sa figure, pure et intense, de la joie du Temps, Jetée sur les vagues d’un bonheur sans défaut Et martelée en battements uniques d’extase, Cette fraction du nombre entier de l’esprit Saisie par une grandeur passionnée des extrêmes, Cet être limité, soulevé à son zénith, Heureux d’un seul contact de choses suprêmes, Ne serrait dans sa petite infinité close, Son monde à la fois temporel et sans fin, Qu’une petite émission du plaisir de Dieu. Les instants s’étiraient vers l’éternel Maintenant Et les heures découvraient l’immortalité, Mais, satisfaites de ces sublimités, cessaient A mi-chemin du Ciel sur des cimes désignant Une éminence que jamais elles n’atteindraient, Une grandeur en laquelle elles ne vivraient pas. Invitant à leur sphère d’exquise noblesse

Et à leur sûr degré de raffinement Cette créature qui chérit ses limites, Elles déclinaient une plus haute aventure.

A glory and sweetness of satisfied desire Tied up the spirit to golden posts of bliss. It could not house the wideness of a soul Which needed all infinity for its home. A memory soft as grass and faint as sleep, The beauty and call receding sank behind Like a sweet song heard fading far away Upon the long high road to Timelessness.

La gloire et la douceur d’un désir assouvi Liaient l’esprit aux pieux dorés du bien-être, Mais ne pouvaient abriter l’ampleur d’une âme Qui demandait l’infinité pour son foyer. Un souvenir comme une herbe touchée dans un rêve, Leur appel et leur beauté lentement s’atténuèrent, Telle une douce mélodie loin derrière lui Sur la longue route qui mène à l’Intemporel. Au-dessus s’étendait une ardente blancheur. Un esprit tranquille contemplait les mondes Et, comme une brillante escalade de ciels Traversant le jour vers une Lumière invisible, Rayonnaient de larges domaines du Mental. Mais d’abord il trouva une étendue argentée Où le Jour et la Nuit s’étaient mariés et unis : C’était une aire mouvante de rais indistincts Séparant le flot de la Vie de l’Intelligence. Où la Connaissance rencontrait l’Ignorance. Y tentait de préserver son empire un mental Qui voyait avec peine et trouvait lentement ; Sa nature, proche de notre nature terrestre Et germaine de la pensée humaine précaire Qui regarde du sol au ciel et du ciel au sol Et ne connaît ni l’au-dessous ni l’au-delà, Ne sentait qu’elle-même et les choses extérieures. Tel fut le premier moyen de notre ascension Depuis la demi conscience de l’âme animale Vivant dans une presse d’incidents et de formes Une étrange coalition d’incertitudes Y exerçait un gouvernement malaisé Sur un terrain de doute et de conjecture

Above was an ardent white tranquillity. A musing spirit looked out on the worlds And like a brilliant clambering of skies Passing through clarity to an unseen Light Large lucent realms of Mind from stillness shone. But first he met a silver-grey expanse Where Day and Night had wedded and were one: It was a tract of dim and shifting rays Parting Life's sentient flow from Thought's self-poise. A coalition of uncertainties There exercised uneasy government On a ground reserved for doubt and reasoned guess, A rendezvous of Knowledge with Ignorance.

At its low extremity held difficult sway A mind that hardly saw and slowly found; Its nature to our earthly nature close And kin to our precarious mortal thought That looks from soil to sky and sky to soil But knows not the below nor the beyond, It only sensed itself and outward things. This was the first means of our slow ascent From the half-conscience of the animal soul Living in a crowded press of shape-events


In a realm it cannot understand nor change; Only it sees and acts in a given scene And feels and joys and sorrows for a while. The ideas that drive the obscure embodied spirit Along the roads of suffering and desire In a world that struggles to discover Truth, Found here their power to be and Nature-force. Here are devised the forms of an ignorant life That sees the empiric fact as settled law, Labours for the hour and not for eternity And trades its gains to meet the moment's call: The slow process of a material mind Which serves the body it should rule and use It reasons from the half-known to the unknown, Ever constructing its frail house of thought, Ever undoing the web that it has spun. A twilight sage whose shadow seems to him self, Moving from minute to brief minute lives; A king dependent on his satellites Signs the decrees of ignorant ministers, A judge in half-possession of his proofs, A voice clamant of uncertainty's postulates, An architect of knowledge, not its source. This powerful bondslave of his instruments Thinks his low station Nature's highest top, Oblivious of his share in all things made And haughtily humble in his own conceit And needs to lean upon an erring sense, Was born in that luminous obscurity. Advancing tardily from a limping start, Crutching hypothesis on argument, Throning its theories as certitudes,

En un monde qu’elle ne peut saisir ni changer ; Elle voit et agit dans une scène donnée, Eprouve et se réjouit et s’attriste un moment. Les idées qui mènent l’obscur esprit incarné Le long des routes de la souffrance et du désir Dans un monde qui lutte pour découvrir le Vrai, Trouvaient ici leur pouvoir d’être et leur force. Ici s’inventent les formes d’une ignorance Qui voit comme loi établie le fait empirique, Oeuvre pour l’heure et non pour l’éternité Et négocie ses gains de moment en moment. Le lent procédé d’un mental matériel Qui sert le corps qu’il devrait gouverner Et doit s’appuyer sur les sens incertains, Naquit dans cette lumineuse obscurité. Cheminant avec peine d’un départ maladroit, Etayant l’hypothèse sur l’argument, Instaurant ses théories comme des certitudes, Il raisonne du demi connu à l’inconnu, Sans cesse construisant son logis de pensée, Sans cesse défaisant la toile qu’il a tissée. Un sage dans l’ombre qui prend l’ombre pour le soi, Il existe seulement de minute en instant ; Un roi dépendant de ses satellites Signe les décrets de ministres ignorants, Un juge en demi possession de ses preuves, Un plaignant des postulats de l’incertitude, Un architecte du savoir et non sa source. Ce puissant esclave de ses propres instruments Se croit posté tout en haut de la Nature ; Oublieux de sa part dans tout ce qui se crée Et dédaigneusement humble dans sa présomption,


Believes himself a spawn of Matter's mud And takes his own creations for his cause.

Il se croit lui-même un frai de la boue matérielle Et prend ses propres créations pour sa cause.

To eternal light and knowledge meant to rise, Up from man's bare beginning is our climb; Out of earth's heavy smallness we must break, We must search our nature with spiritual fire: An insect crawl preludes our glorious flight; Our human state cradles the future god, Our mortal frailty an immortal force. At the glow-worm top of these pale glimmer-realms Where dawn-sheen gambolled with the native dusk And helped the Day to grow and Night to fail, Escaping over a wide and shimmering bridge, He came into a realm of early Light And the regency of a half-risen sun. Out of its rays our mind's full orb was born. Half-poised on equal wings of thought and doubt Toiled ceaselessly twixt being's hidden ends. A Secrecy breathed in life's moving act; A covert nurse of Nature's miracles, It shaped life's wonders out of Matter's mud: It cut the pattern of the shapes of things, It pitched mind's tent in the vague ignorant Vast. A master Magician of measure and device Has made an eternity from recurring forms And to the wandering spectator thought Assigned a seat on the inconscient stage. Appointed by the Spirit of the Worlds To mediate with the unknowing depths, A prototypal deft Intelligence

Destinés à la lumière et à la connaissance, C’est du commencement de l’homme que nous montons ; De notre lourde petitesse il nous faut surgir, Fouiller notre nature avec le feu de l’esprit : Un grouillement d’insecte prélude à notre essor ;

Notre état humain est le berceau du divin, Notre faiblesse celui d’une force immortelle. Au sommet de ces pâles contrées mordorées Où le lustre de l’aube courtisait la brune, Aidant le Jour à grandir et la Nuit à cesser, Par un large pont scintillant il s’échappa Et parvint en un domaine matinal Et la régence d’un soleil presque levé. De ses rayons naquit l’orbe de notre mental. Désignée par l’Esprit des Mondes pour servir D’intermédiaire auprès des fonds ignorants, Une habile Intelligence prototypique Juchée sur deux ailes de pensée et de doute, Oeuvra sans répit entre les pôles de l’être. Un Secret s’abrita dans l’acte de la vie, Nourrissant les miracles de la Nature, Qui façonna des prodiges dans la boue, Découpa les patrons des formes futures Et dressa la tente du mental dans le Vaste. Un Magicien de la mesure et du stratagème Créa une éternité de formes récurrentes Et à la pensée, spectatrice vagabonde, Assigna un siège sur la scène inconsciente.


On earth by the will of this Arch-Intelligence A bodiless energy put on Matter's robe; Proton and photon served the imager Eye To change things subtle into a physical world

Sur terre, par le vouloir de cette Arch-Intelligence, Une énergie pure se revêtit de matière ; Usant du proton et du photon l’Oeil imageur Fit un monde physique de choses subtiles Et l’invisible apparut en tant que forme Et l’impalpable fut senti en tant que masse : La magie du percept, jointe à l’art du concept, Accorda à chaque objet un nom interprète, Et l’idée fut déguisée dans l’ouvrage d’un corps ; Par la mystique d’une étrange loi atomique Un cadre fut créé où le sens put placer Son tableau symbolique de l’univers. Un plus grand miracle fut même accompli. La lumière médiatrice relia le corps, Le sommeil et le rêve de l’arbre et la plante, Le sens vibrant de l’animal, la pensée dans l’homme, A l’éclat constant d’un Rayon au-dessus. Soutenant le droit de la Matière à penser, Elle ouvrit des passages au mental de la chair, Donnant à la Nescience un moyen de connaître. Offrant ses petits cubes et carrés de parole Elle aida la Force à déchiffrer ses œuvres. Une conscience ensevelie se leva en elle : Et maintenant elle se rêve humaine, éveillée. Mais tout n’était encore qu’Ignorance mobile ; La Connaissance ne pouvait encore venir Se saisir de cet énorme univers inventé. Pour substituts figurés de la réalité, Un alphabet mnémonique momifié,

And the invisible appeared as shape And the impalpable was felt as mass:

Magic of percept joined with concept's art And lent to each object an interpreting name: Idea was disguised in a body's artistry, And by a strange atomic law's mystique A frame was made in which the sense could put The mediating light linked body's power, The sleep and dreaming of the tree and plant, The animal's vibrant sense, the thought in man, To the effulgence of a Ray above. Its skill endorsing Matter's right to think Cut sentient passages for the mind of flesh And found a means for Nescience to know. Offering its little squares and cubes of word As figured substitutes for reality, A mummified mnemonic alphabet, It helped the unseeing Force to read her works. A buried consciousness arose in her And now she dreams herself human and awake. Its symbol picture of the universe. Even a greater miracle was done.

But all was still a mobile Ignorance; Still Knowledge could not come and firmly grasp

This huge invention seen as a universe. A specialist of logic's hard machine Imposed its rigid artifice on the soul;

Un spécialiste de la machine logique Imposa à l’âme son rigide artifice ;


An aide of the inventor intellect, It cut Truth into manageable bits That each might have his ration of thought-food, Then new-built Truth's slain body by its art: A robot exact and serviceable and false Displaced the spirit's finer view of things: A polished engine did the work of a god. None the true body found, its soul seemed dead: None had the inner look which sees Truth's whole; All glorified the glittering substitute. Then from the secret heights a wave swept down, A brilliant chaos of rebel light arose; It looked above and saw the dazzling peaks, It looked within and woke the sleeping god. Imagination called her shining squads That venture into undiscovered scenes Where all the marvels lurk none yet has known: Lifting her beautiful and miraculous head, She conspired with inspiration's sister brood To fill thought's skies with glimmering nebulae. A bright Error fringed the mystery-altar's frieze; Darkness grew nurse to wisdom's occult sun, Myth suckled knowledge with her lustrous milk; The infant passed from dim to radiant breasts. Thus worked the Power upon the growing world; Its subtle craft withheld the full-orbed blaze, Cherished the soul's childhood and on fictions fed Far richer in their sweet and nectarous sap Nourishing its immature divinity Than the staple or dry straw of Reason's tilth, Its heaped fodder of innumerable facts,

Un assistant de l’intellect initiateur, Il découpa la Vérité en morceaux maniables Pour que chacun ait sa ration de pensée, Puis rebâtit le corps assassiné par son art : Un robot exact et pratique et faux prit la place De la vue plus subtile que l’esprit a des choses : Un engin bien rôdé fit le travail d’un dieu. Nul ne trouvait le vrai corps, son âme semblait morte : Nul n’avait le sens intérieur qui perçoit l’ensemble ; Tous glorifiaient le scintillant substitut. Alors, des hauteurs secrètes, déferla une vague Et un chaos de lumière rebelle s’éleva ; Elle regarda en haut et vit les cimes brillantes, Regarda au-dedans et réveilla le gisant. L’imagination appela ses escouades A s’aventurer en des scènes nouvelles Où guettent les merveilles que nul n’a connues : Dressant sa belle tête miraculeuse, Elle conspira avec sa sœur l’inspiration Pour emplir les cieux de luisantes nébuleuses. Une brillante Erreur bordait l’autel du mystère ; L’Ombre devint nourrice du soleil de sagesse, La connaissance but le lait lustré de la fable ; L’infant put s’allaiter à des seins rayonnants. Ainsi oeuvra le Pouvoir sur le monde en croissance ; Son génie subtil retint le plein flamboiement, Chérit l’enfance de l’âme et l’abreuva de contes Plus riches, dans leur douce sève de nectar Alimentant sa divinité juvénile, Que la fibre ou le foin cultivés par la raison, Son fourrage entassé de faits innombrables,


Plebeian fare on which today we thrive. Thus streamed down from the realm of early Light Ethereal thinkings into Matter's world; Its gold-horned herds trooped into earth's cave-heart. Its morning rays illume our twilight's eyes, Its young formations move the mind of earth To labour and to dream and new-create, To feel beauty's touch and know the world and self: The Golden Child began to think and see. In those bright realms are Mind's first forward steps. Ignorant of all but eager to know all, Its curious slow enquiry there begins; Ever its searching grasps at shapes around, Ever it hopes to find out greater things. Ardent and golden-gleamed with sunrise fires,

La chère plébéienne qui nous rassasie. Ainsi furent versés de la première Lumière Des pensers éthérés dans le monde matériel, - Troupeaux aux cornes d’or dans le cœur de la terre. Son aurore éclaire nos yeux entr’ouverts, Ses jeunes formations incitent notre mental A travailler, à rêver et à recréer, Sentir la beauté, connaître le monde et le soi : L’Enfant d’Or commença de penser et de voir. Dans ces régions le Mental a fait ses premiers pas. Ignorant de tout, mais voulant tout savoir, Sa lente et curieuse enquête commence là ; Toujours il se saisit des formes qui l’entourent, Toujours il espère trouver des choses plus grandes. Ardent et doré par les feux du levant, Alerte il vit au bord même de l’invention. Mais tout ce qu’il fait est à l’échelle d’un infant, Comme si le cosmos était un jeu de crèche, La pensée, la vie, les jouets d’un petit de Titan, - Comme s’il bâtissait le simulacre d’un fort Miraculeusement stable pour un moment, L’assemblant avec les sables d’un îlot de Temps Dans une mer sans rivages, éternelle et occulte. La Puissance a choisi un petit instrument acéré, Et passionnément poursuit un jeu laborieux ; Instruire l’Ignorance est sa charge difficile, Sa pensée même est issue d’un Vide originel Et ce qu’elle enseigne, elle-même doit apprendre, Eveillant la connaissance dans sa tanière. Car la connaissance ne nous vient pas comme un hôte Convié du monde extérieur dans notre chambre ;

Alert it lives upon invention's verge. Yet all it does is on an infant's scale, As if the cosmos were a nursery game, Mind, life the playthings of a Titan's babe. As one it works who builds a mimic fort Miraculously stable for a while,

Made of the sands upon a bank of Time Mid an occult eternity's shoreless sea. A small keen instrument the great Puissance chose, An arduous pastime passionately pursues; To teach the Ignorance is her difficult charge, Her thought starts from an original nescient Void And what she teaches she herself must learn Arousing knowledge from its sleepy lair. For knowledge comes not to us as a guest Called into our chamber from the outer world;


A friend and inmate of our secret self, It hid behind our minds and fell asleep And slowly wakes beneath the blows of life; The mighty daemon lies unshaped within, To evoke, to give it form is Nature's task. All was a chaos of the true and false, Mind sought amid deep mists of Nescience; It looked within itself but saw not God. A material interim diplomacy Denied the Truth that transient truths might live And hid the Deity in creed and guess That the World-Ignorance might grow slowly wise. This was the imbroglio made by sovereign Mind Looking from a gleam-ridge into the Night In her first tamperings with Inconscience: Its alien dusk baffles her luminous eyes; Her rapid hands must learn a cautious zeal; Only a slow advance the earth can bear. Yet was her strength unlike the unseeing earth's Compelled to handle makeshift instruments Invented by the life-force and the flesh. Earth all perceives through doubtful images, All she conceives in hazardous jets of sight, Small lights kindled by touches of groping thought. Incapable of the soul's direct inlook She sees by spasms and solders knowledge-scrap, Makes Truth the slave-girl of her indigence, Expelling Nature's mystic unity Cuts into quantum and mass the moving All; She takes for measuring-rod her ignorance.

Une amie, habitante de notre être secret, Elle se cacha derrière nous et s’endormit Et lentement s’éveille sous les coups de la vie ; La grande daemone gît informe au-dedans : A la Nature de l’évoquer, lui donner forme. Tout était un chaos du vrai et du faux ; Des brumes de Nescience enveloppaient le Mental ; Il regardait en lui-même, mais ne voyait pas Dieu. Une diplomatie matérielle intérimaire Reniait le Vrai pour des vérités transitoires Et dissimulait la Déité dans la croyance Pour que l’Ignorance peu à peu devienne sage. Tel fut l’imbroglio créé par la Pensée, D’une crête plongeant son regard dans la Nuit, Pour ses premières incursions dans l’Inconscience : Cette pénombre étrangère la déconcerte, Il doit apprendre à modérer sa ferveur ; La terre ne supporte qu’une lente avancée, Et sa force était autre que celle de la terre Contrainte de manier des instruments de fortune Que l’énergie vitale et la chair ont inventés. La terre perçoit tout par des images douteuses, Conçoit tout par des jets de vision hasardeuse, Des lueurs qu’embrase une réflexion tâtonnante. Incapable du regard direct de l’âme Elle voit par spasmes, assemble des brins de savoir, Rend la Vérité l’esclave de son indigence ; Expulsant l’unité mystique de la Nature, Elle découpe le Tout en quantum et en masse Et prend son ignorance comme jauge et mesure.


In her own domain a pontiff and a seer, That greater Power with her half-risen sun Wrought within limits but possessed her field; She knew by a privilege of thinking force And claimed an infant sovereignty of sight. In her eyes however darkly fringed was lit The Archangel's gaze who knows inspired his acts And shapes a world in its far-seeing flame. In her own realm she stumbles not nor fails, But moves in boundaries of subtle power Across which mind can step towards the sun. A candidate for a higher suzerainty, A passage she cut through from Night to Light, And searched for an ungrasped Omniscience. A dwarf three-bodied trinity was her serf. First, smallest of the three, but strong of limb, A low-brow with a square and heavy jowl, A pigmy Thought needing to live in bounds For ever stooped to hammer fact and form. Absorbed and cabined in external sight, It takes its stand on Nature's solid base. A technician admirable, a thinker crude, A riveter of Life to habit's grooves, Obedient to gross Matter's tyranny, A prisoner of the moulds in which it works, It binds itself by what itself creates. A slave of a fixed mass of absolute rules, It sees as Law the habits of the world, It sees as Truth the habits of the mind. In its realm of concrete images and events Turning in a worn circle of ideas

Dans son propre domaine un pontife et un voyant, Ce Pouvoir supérieur avec son demi-soleil Opérait dans des limites, mais possédait son champ, Connaissait par le privilège de la pensée Et déjà revendiquait une vision souveraine. Dans ses yeux bordés de noir brillait le regard De l’Archange qui sait et, inspirant ses actes, Façonne un monde dans sa flamme clairvoyante. Dans son domaine cette Force ne peut échouer, Elle se meut dans une aire de subtile énergie Que le mental peut franchir vers le soleil. Candidate d’une suzeraineté plus haute, Elle ouvrit une voie de la Nuit à la Lumière, A la recherche d’une Omniscience incomprise. Une trinité naine à trois corps était son serf. D’abord, le plus petit des trois mais robuste, Le front bas, la mâchoire lourde et carrée, Une Pensée pygmée qui a besoin de limites, Penché, sans répit martelait le fait et la forme, Absorbé dans sa cabine de vue extérieure, Campé sur la base solide de la Nature. Un technicien admirable, mais un fruste penseur, Arrimant la Vie aux ornières du familier, Obéissant à la tyrannie de la Matière, Prisonnier des moules dans lesquels il opère, Il se lie soi-même par ce qu’il crée. Esclave d’une masse de règles absolues, Il voit la Loi dans les habitudes du monde Et la Vérité dans celles du mental. Dans son domaine d’évènements et d’images Tournant dans un même vieux cercle d’idées


And ever repeating old familiar acts, It lives content with the common and the known. It loves the old ground that was its dwelling-place: Abhorring change as an audacious sin, Distrustful of each new discovery Only it advances step by careful step And fears as if a deadly abyss the unknown. A prudent treasurer of its ignorance, It shrinks from adventure, blinks at glorious hope, Preferring a safe foothold upon things To the dangerous joy of wideness and of height. The world's slow impressions on its labouring mind, Tardy imprints almost indelible, Increase their value by their poverty; The old sure memories are its capital stock: Only what sense can grasp seems absolute: External fact it figures as sole truth, Wisdom identifies with the earthward look, And things long known and actions always done Are to its clinging hold a balustrade Of safety on the perilous stair of Time. Heaven's trust to it are the established ancient ways, Immutable laws man has no right to change, A sacred legacy from the great dead past Or the one road that God has made for life, A firm shape of Nature never to be changed, Part of the huge routine of the universe. A smile from the Preserver of the Worlds Sent down of old this guardian Mind to earth That all might stand in their fixed changeless type And from their secular posture never move. One sees it circling faithful to its task,

Et répétant toujours de vieux actes coutumiers, Il vit satisfait de l’ordinaire et du connu. Il aime le vieux terrain qui fut son logis : Abhorrant le changement comme un pêché d’audace, Et méfiant de toute découverte nouvelle, Il n’avance que de pas en pas circonspect Et redoute l’inconnu comme une abysse. Un prudent trésorier de sa propre ignorance, Répugnant à l’aventure, esquivant tout espoir, Il préfère un sûr point d’appui sur les choses A la joie dangereuse de l’ample et du haut. Le monde laisse sur son esprit laborieux Des empreintes tardives presque indélébiles, Qui accroissent leur valeur par leur pauvreté ; Les vieux souvenirs constituent son capital ; Ne semble absolu que ce que saisissent les sens : Il considère comme seul vrai le fait externe, Identifie la sagesse au regard terrien, Et les choses longtemps sues, les actes bien connus, Sont pour lui une balustrade où s’accrocher Sur les périlleuses marches du Temps. Le Ciel lui a confié les voies longtemps établies, Lois immuables que nul n’a le droit de changer, Un héritage sacré du grand passé défunt Ou l’unique route que Dieu créa pour la vie, Un sourire de Celui qui Préserve les Mondes Jadis envoya ce gardien Mental à la terre Pour que tous se tiennent dans leur type invariable Et jamais ne quittent leur posture séculaire. On le voit circuler fidèle à sa tâche Un état naturel qui ne peut être changé Et part de l’énorme routine de l’univers.


Tireless in an assigned tradition's round; In decayed and crumbling offices of Time It keeps close guard in front of custom's wall,

Dans la ronde d’une tradition assignée ; Dans les immeubles délabrés des bureaux du Temps Il tient la garde devant la barrière des douanes, Ou, dans les vagues parages d’une Nuit ancienne, Somnole sur les pierres d’une petite cour Et aboie à chaque lumière inhabituelle Comme à un ennemi qui détruirait son foyer, Un chien de la demeure clôturée par les sens Se dressant contre les intrus depuis l’Invisible, Qui se nourrit de restes, ou des os de la Matière, Dans sa niche de certitude objective. Une force cosmique est pourtant derrière lui : Une Grandeur pondérée garde son plan plus vaste, Une insondable uniformité rythme la vie ; Les orbites invariables sillonnent l’Espace, Un million d’espèces suivent une seule Loi. Une énorme apathie est la défense du monde, Même dans le changement la stase est chérie ; Dans l’inertie la révolution s’enfonce, Dans un nouvel habit l’ancien reprend son rôle ; Un esprit ardent arriva, le prochain des trois. Un cavalier bossu de l’Onagre Rouge, Une Intelligence léonine bondit De la grande Flamme qui encercle les mondes Et ronge le cœur de l’être avec sa langue. De là jaillit la vision brûlante du Désir. Mille formes il revêtit et prit mille noms : Un besoin de multitude et d’incertitude Sans cesse l’incite à poursuivre l’Unique L’Energie agit, le stable est son sceau : Sur le sein de Shiva s’arrête la danse.

Or in an ancient Night's dim environs It dozes on a little courtyard's stones And barks at every unfamiliar light

As at a foe who would break up its home, A watch-dog of the spirit's sense-railed house Against intruders from the Invisible, Nourished on scraps of life and Matter's bones In its kennel of objective certitude. And yet behind it stands a cosmic might: A measured Greatness keeps its vaster plan, A fathomless sameness rhythms the tread of life; The stars' changeless orbits furrow inert Space, A million species follow one mute Law. A huge inertness is the world's defence, Even in change is treasured changelessness; Into inertia revolution sinks, In a new dress the old resumes its role; The Energy acts, the stable is its seal: On Shiva's breast is stayed the enormous dance. A fiery spirit came, next of the three. A hunchback rider of the red Wild-Ass, A rash Intelligence leaped down lion-maned From the great mystic Flame that rings the worlds And with its dire edge eats at being's heart. Thence sprang the burning vision of Desire. A thousand shapes it wore, took numberless names:

A need of multitude and uncertainty Pricks it for ever to pursue the One


On countless roads across the vasts of Time Through circuits of unending difference. It burns all breasts with an ambiguous fire. A radiance gleaming on a murky stream, It flamed towards heaven, then sank, engulfed, towards hell; It climbed to drag down Truth into the mire And used for muddy ends its brilliant Force; A huge chameleon gold and blue and red Turning to black and grey and lurid brown, Hungry it stared from a mottled bough of life To snap up insect joys, its favourite food, The dingy sustenance of a sumptuous frame Nursing the splendid passion of its hues. A snake of flame with a dull cloud for tail, Followed by a dream-brood of glittering thoughts, A lifted head with many-tinged flickering crests, It licked at knowledge with a smoky tongue. A whirlpool sucking in an empty air, It based on vacancy stupendous claims, In Nothingness born to Nothingness returned, Yet all the time unwittingly it drove Towards the hidden Something that is All.

Sur des routes sans nombre dans les vastes du Temps Par des circuits qui diffèrent perpétuellement. Il brûle les poitrines d’un feu ambigu. Une radiance luisant sur un courant trouble, Il s’enflammait vers le ciel, puis sombrait engouffré ; Il montait pour draguer la Vérité dans la fange Et à des fins bourbeuses usait de sa Force ; Un caméléon géant, d’or, de bleu et de rouge Virant au noir, au gris et au brun insalubre, D’un rameau madré de la vie guettait affamé Pour happer des joies d’insecte, son mets favori, L’aliment malpropre d’une forme somptueuse Entretenant la splendide passion de ses teintes. Un serpent de flamme à la queue de nuage, Suivi d’une portée de pensées scintillantes, Sa tête dressée luisante de ses crêtes, De sa langue de fumée léchait le savoir. Un tourbillon aspirant un air vide, il fondait Sur l’absence ses prétentions stupéfiantes, Et, né dans le Néant, retournait au Néant, Pourtant sans le vouloir conduisait tout le temps Vers le Quelque Chose dissimulé qui est Tout. Et se tromper était sa tendance et son indice. Enclin à la créance immédiate, irréfléchie, Il pensait vrai tout ce qui flattait ses espoirs, Chérissait de petits riens nés de ses souhaits, Et s’emparait de l’irréel pour sa provende. Dans le noir il découvrait des formes lumineuses ; Ou, scrutant une clarté chargée d’ombre, il voyait Des images griffonnées dans la caverne ; Ardent de trouver, incapable de retenir, Une brillante instabilité était sa marque,

Ardent to find, incapable to retain, A brilliant instability was its mark, To err its inborn trend, its native cue.

At once to an unreflecting credence prone, It thought all true that flattered its own hopes; It cherished golden nothings born of wish, It snatched at the unreal for provender. In darkness it discovered luminous shapes; Peering into a shadow-hung half-light It saw hued images scrawled on Fancy's cave;


Or it swept in circles through conjecture's night And caught in imagination's camera Bright scenes of promise held by transient flares, Fixed in life's air the feet of hurrying dreams, Kept prints of passing Forms and hooded Powers

Ou bien, balayant la nuit de la conjecture, Il captait dans l’appareil de l’imaginaire

Des scènes de promesse dans l’éclat des torches, Fixait dans l’air de la vie le passage des songes, Gardant ses clichés de leurs Formes et leurs Forces

And flash-images of half-seen verities. An eager spring to seize and to possess Unguided by reason or the seeing soul Was its first natural motion and its last,

Et ses images-éclairs de vérités devinées. Un élan impétueux de saisir et posséder,

Sans la raison ou l’âme qui voit comme guide, Etait son premier mouvement, et son dernier ; Dissipant l’énergie pour accomplir l’impossible, Dédaignant la voie droite et s’élançant dans les courbes, Il laissait tous ses acquis pour d’autres essais, Voyait le destin dans chaque nouvel objectif Et dans le précipice son tremplin vers le ciel. L’aventure un système dans le jeu de la vie, Il prenait des gains fortuits pour de sûrs résultats ; L’erreur ne décourageait pas sa confiance, Ignorante des lois profondes de l’être, Et l’échec ne pouvait desserrer son emprise ; Un seul pari gagné garantissait tous les autres. La tentative, et non la victoire, charmait la vie. Un gagnant incertain d’enjeux hasardeux, Ce poulain de l’instinct et du mental de la vie Courait sa course et arrivait premier, ou dernier. Pourtant ses œuvres n’étaient ni vaines ni nulles ; Il développait une portion de l’Energie Et pouvait créer les objets de sa fantaisie ; Sa passion saisissait ce qu’ignorait l’intellect. Sa perception impulsive atteignait des cieux Que la Pensée voilait d’une brume éclatante,

It squandered life's force to achieve the impossible: It scorned the straight road and ran on wandering curves And left what it had won for untried things; It saw unrealised aims as instant fate And chose the precipice for its leap to heaven. Adventure its system in the gamble of life, It took fortuitous gains as safe results; Error discouraged not its confident view Ignorant of the deep law of being's ways And failure could not slow its fiery clutch; One chance made true warranted all the rest. Attempt, not victory, was the charm of life. An uncertain winner of uncertain stakes, Instinct its dam and the life-mind its sire, It ran its race and came in first or last. Yet were its works nor small and vain nor null; It nursed a portion of infinity's strength And could create the high things its fancy willed; Its passion caught what calm intelligence missed. Insight of impulse laid its leaping grasp On heavens high Thought had hidden in dazzling mist,

Caught glimmers that revealed a lurking sun: It probed the void and found a treasure there.

Et capturait les reflets d’un astre caché : Il sondait le vide et y trouvait un trésor.


A half-intuition purpled in its sense; It threw the lightning's fork and hit the unseen. It saw in the dark and vaguely blinked in the light, Ignorance was its field, the unknown its prize. Of all these Powers the greatest was the last. Arriving late from a far plane of thought Into a packed irrational world of Chance Where all was grossly felt and blindly done, Yet the haphazard seemed the inevitable, Came Reason, the squat godhead artisan, To her narrow house upon a ridge in Time. Adept of clear contrivance and design, A pensive face and close and peering eyes, She took her firm and irremovable seat, The strongest, wisest of the troll-like Three. Armed with her lens and measuring-rod and probe, She looked upon an object universe And the multitudes that in it live and die And the body of Space and the fleeing soul of Time, And took the earth and stars into her hands To try what she could make of these strange things. In her strong purposeful laborious mind, Inventing her scheme-lines of reality And the geometric curves of her time-plan, She multiplied her slow half-cuts at Truth: Impatient of enigma and the unknown, Intolerant of the lawless and the unique, Imposing reflection on the march of Force, Imposing clarity on the unfathomable, She strove to reduce to rules the mystic world. Nothing she knew but all things hoped to know.

Une sorte d’intuition s’empourprait dans ses sens ; Il lançait la fourche de l’éclair dans l’invisible. Il voyait dans la nuit, tâtonnait dans la lumière, L’ignorance son champ, l’inconnu sa récompense. De tous ces Pouvoirs le plus grand fut le dernier. Arrivant tard d’un lointain plan de pensée Dans la cohue d’un monde irrationnel Où le sens était grossier et l’acte était aveugle, Et pourtant le fortuit semblait l’inévitable, Vint la Raison, la divine artisane trapue, A son logis étroit sur un rebord du Temps. Adepte de l’appareil et du plan bien conçus, La face pensive, les yeux rapprochés, scrutateurs, Elle prit son siège ferme et immuable, La plus forte, la plus sage des Trois Gnomes. Armée de sa loupe, de sa perche et de sa sonde, Elle considéra un univers objectif Et les multitudes qui y vivent et y meurent Et le corps de l’Espace et l’âme du Temps, Et prit la terre et les étoiles dans ses mains Pour faire son possible de ces choses étranges. Et les courbes géométriques de son projet, Elle multiplia ses entailles dans le Vrai : Impatiente de l’énigme et de l’inconnu, Intolérante du hors-la-loi, du singulier, Imposant la réflexion sur la Force en marche Et la clarté sur l’insondable, elle s’efforça De réduire à des règles le monde mystique. Elle ne savait rien mais espérait savoir tout. Vaillante et laborieuse et déterminée, Inventant ses grandes lignes de réalité


In dark inconscient realms once void of thought, Missioned by a supreme Intelligence To throw its ray upon the obscure Vast, An imperfect light leading an erring mass By the power of sense and the idea and word, She ferrets out Nature's process, substance, cause. All life to harmonise by thought's control, She with the huge imbroglio struggles still; Ignorant of all but her own seeking mind To save the world from Ignorance she came. A sovereign worker through the centuries Observing and remoulding all that is, Confident she took up her stupendous charge. There the low bent and mighty figure sits Bowed under the arc-lamps of her factory home Amid the clatter and ringing of her tools. A rigorous stare in her creative eyes Coercing the plastic stuff of cosmic Mind, She sets the hard inventions of her brain In a pattern of eternal fixity: Indifferent to the cosmic dumb demand, Unconscious of too close realities, Of the unspoken thought, the voiceless heart, She leans to forge her credos and iron codes And metal structures to imprison life And mechanic models of all things that are. For the world seen she weaves a world conceived: She spins in stiff but unsubstantial lines Her gossamer word-webs of abstract thought, Her segment systems of the Infinite, Her theodicies and cosmogonic charts And myths by which she explains the inexplicable.

En d’obscurs domaines jadis dénués de pensée, Missionnée par une suprême Intelligence Pour jeter son rayon sur le Vaste ténébreux, Lumière imparfaite menant une masse errante Par le pouvoir du sens, de l’idée et du mot, Débusquant les voies et causes de la Nature. Pour harmoniser la vie par le règne mental, Elle, avec l’énorme imbroglio, lutte encore ; Ignorante de tout, sauf de sa propre quête, C’est de l’Ignorance qu’elle vint sauver le monde. Une ouvrière souveraine à travers les siècles Observant et remodelant tout ce qui est, Confiante elle assuma sa charge stupéfiante. Voici la puissante figure courbée, assise, Penchée sous les lampes à arc de sa fabrique Parmi les cliquetis et tintements des outils. Contraignant par la rigueur de ses yeux créatifs La substance plastique du Mental cosmique, Elle dispose les inventions de son cerveau De la pensée inarticulée, du cœur sans voix, Elle forge ses credo et ses codes d’acier, Ses structures de métal pour enfermer la vie, Ses modèles mécaniques de tout ce qui est. Tissant pour le monde perçu un monde conçu, Elle file en lignes raides mais insubstantielles Ses fines toiles de mots et de pensée abstraite, Ses segments systémiques de l’Infinité, Ses théodicées, ses diagrammes cosmogoniques Et ses mythes pour expliquer l’inexplicable. Selon un modèle de fixité éternelle : Indifférente à la demande de l’univers, Inconsciente de réalités trop intimes,


At will she spaces in thin air of mind Like maps in the school-house of intellect hung, Forcing wide Truth into a narrow scheme, Her numberless warring strict philosophies; Out of Nature's body of phenomenon She carves with Thought's keen edge in rigid lines, Like rails for the World-Magician's power to run, Her sciences precise and absolute. On the huge bare walls of human nescience Written round Nature's deep dumb hieroglyphs She pens in clear demotic characters The vast encyclopaedia of her thoughts; An algebra of her mathematics' signs, Her numbers and unerring formulas She builds to clinch her summary of things. On all sides runs as if in a cosmic mosque Tracing the scriptural verses of her laws The daedal of her patterned arabesques, Art of her wisdom, artifice of her lore. This art, this artifice are her only stock. In her high works of pure intelligence, In her withdrawal from the senses' trap, There comes no breaking of the walls of mind, There leaps no rending flash of absolute power, There dawns no light of heavenly certitude. A million faces wears her knowledge here And every face is turbaned with a doubt. All now is questioned, all reduced to nought. Once monumental in their massive craft Her old great mythic writings disappear And into their place start strict ephemeral signs;

Elle place à son gré dans l’air subtil du mental Telles des cartes suspendues dans son école, Forçant l’ample Vérité dans un schéma étroit, Ses philosophies rivales innombrables ; Du corps phénoménal de la Nature elle taille Avec sa lame d’intellect en lignes rigides, Comme des rails pour le pouvoir du Magicien, Ses sciences strictes, précises et absolues. Sur les grandes parois nues de la nescience humaine, Autour des profonds hiéroglyphes de la Nature, Elle rédige en clairs caractères démotiques La vaste encyclopédie de ses pensées ; Une algèbre des signes de ses mathématiques, Ses nombres et ses formules infaillibles Elle érige, pour conclure son sommaire des choses. De tous côtés s’étend, comme dans une mosquée, Traçant les versets scripturaux de ses lois, Le dédale de ses arabesques coloriées, Art de sa sagesse, artifice de son savoir. Cet art, cet artifice sont sa seule ressource. Dans ses hautes œuvres d’intelligence pure, Dans sa retraite de la trappe des sens, Ne s’ouvre nulle brèche dans les murs du mental,

Nul éclair ne jaillit du pouvoir absolu, Nulle aurore ne point de certitude divine.

Un million de faces porte ici sa connaissance Et chacune est coiffée d’un turban de doute. Tout est remis en question, réduit à zéro. Autrefois monumentaux dans leur œuvre massif, Ses anciens écrits mythiques disparaissent Et à leur place s’élèvent des signes éphémères ;


This constant change spells progress to her eyes: Her thought is an endless march without a goal. There is no summit on which she can stand And see in a single glance the Infinite's whole. An inconclusive play is Reason's toil. Each strong idea can use her as its tool; Accepting every brief she pleads her case. Open to every thought, she cannot know. The eternal Advocate seated as judge Armours in logic's invulnerable mail A thousand combatants for Truth's veiled throne And sets on a high horse-back of argument To tilt for ever with a wordy lance In a mock tournament where none can win. Assaying thought's values with her rigid tests Balanced she sits on wide and empty air, Aloof and pure in her impartial poise. Absolute her judgments seem but none is sure; Time cancels all her verdicts in appeal. Although like sunbeams to our glow-worm mind Her knowledge feigns to fall from a clear heaven, Its rays are a lantern's lustres in the Night; She throws a glittering robe on Ignorance. But now is lost her ancient sovereign claim To rule mind's high realm in her absolute right, Bind thought with logic's forged infallible chain Or see truth nude in a bright abstract haze. A master and slave of stark phenomenon, She travels on the roads of erring sight Or looks upon a set mechanical world Constructed for her by her instruments. A bullock yoked in the cart of proven fact,

Ce constant changement marque à ses yeux le progrès : Sa pensée est une marche sans fin et sans but. Il n’y a pas de sommet d’où elle puisse enfin Voir d’un seul regard l’Infini tout entier. Sans conclusion, est le labeur de la Raison. Chaque idée forte peut l’utiliser comme outil ; Acceptant chaque dossier, elle plaide sa cause. Ouverte à chaque pensée, elle ne peut savoir. L’éternelle Avocate siégeant comme juge Arme avec la cotte de la logique un millier De combattants pour le trône de la Vérité, Et enfourche la monture de l’argument Pour user à jamais de sa lance verbeuse Dans un simulacre de tournoi sans vainqueur. Estimant toutes les valeurs par ses analyses Elle se tient en équilibre sur de l’air vide, Pure et hautaine dans sa pose impartiale. Absolus semblent ses jugements, aucun n’est sûr ; Le Temps annule tous ses verdicts en appel. Bien qu’elle semble radieuse pour le ver luisant, Et sa connaissance feigne de tomber du ciel, Ses rais sont des lueurs de lanterne dans la Nuit ; Elle a jeté une robe scintillante sur l’Ignorance. Mais elle a perdu son ancien droit souverain A seule régir le haut domaine du mental Et lier la pensée par des chaînes de logique Ou voir, dans une brume abstraite, la vérité nue. A la fois maîtresse et esclave du phénomène, Elle parcourt les routes de la vue ignorante Ou contemple un monde mécanique défini Construit pour elle par ses propres instruments. Telle une bête attelée au fait vérifié,


She drags huge knowledge-bales through Matter's dust To reach utility's immense bazaar. Apprentice she has grown to her old drudge; An aided sense is her seeking's arbiter. This now she uses as the assayer's stone. As if she knew not facts are husks of truth, The husks she keeps, the kernel throws aside. An ancient wisdom fades into the past, The ages' faith becomes an idle tale, God passes out of the awakened thought, An old discarded dream needed no more: Only she seeks mechanic Nature's keys. Interpreting stone-laws inevitable She digs into Matter's hard concealing soil, To unearth the processes of all things done. A loaded huge self-worked machine appears To her eye's eager and admiring stare, An intricate and meaningless enginery Of ordered fateful and unfailing Chance: Ingenious and meticulous and minute, Its brute unconscious accurate device Unrolls an unerring march, maps a sure road; It plans without thinking, acts without a will, A million purposes serves with purpose none And builds a rational world without a mind. It has no mover, no maker, no idea: Its vast self-action toils without a cause; A lifeless Energy irresistibly driven, Death's head on the body of Necessity, Engenders life and fathers consciousness, Then wonders why all was and whence it came. Our thoughts are parts of the immense machine,

Elle tire le poids du savoir dans la poussière Jusqu’à l’immense bazar de l’utilité.

De sa servante elle est devenue l’apprentie ; L’arbitre de sa recherche est un sens assisté, Et elle en use comme de sa pierre de touche. Semblant oublier que les faits ne sont que des cosses, Elle garde les cosses, jetant les noix de côté. L’ancienne sagesse s’estompe dans le passé, La foi des âges devient un conte futile, Dieu disparaît de la pensée de veille, un vieux rêve Qui n’est plus nécessaire : car elle ne cherche Que les clés de la Nature mécanique. Interprétant des lois de pierre inévitables Elle creuse le sol durci de la Matière Pour déterrer les procédés de toutes choses. Une énorme machine automate apparaît A ses yeux impatients et admiratifs, Un vaste engin compliqué, insensé De Chance fatalement ordonnée : Ingénieux et méticuleux et exact, Son dispositif inconsciemment précis Déroule une marche et trace une route, Planifie sans penser, agit sans volonté, Sert un million d’objets sans un dessein Et bâtit un monde rationnel sans un mental. Sans animateur, sans créateur, sans idée, Son mécanisme opère sans une cause ; Une Energie sans vie et pourtant irrésistible, Tête de Mort et corps de Nécessité, Engendre la vie et produit la conscience, Puis se demande pourquoi et d’où vint le monde. Nos pensées sont des parts de l’immense machine,


Our ponderings but a freak of Matter's law, The mystic's lore was a fancy or a blind; Of soul or spirit we have now no need: Matter is the admirable Reality, The patent unescapable miracle, The hard truth of things, simple, eternal, sole. A suicidal rash expenditure Creating the world by a mystery of self-loss Has poured its scattered works on empty Space; Late shall the self-disintegrating Force Contract the immense expansion it has made: Then ends this mighty and unmeaning toil, The Void is left bare, vacant as before. It bound to service the unconscious djinns That sleep unused in Matter's ignorant trance. All was precise, rigid, indubitable. But when on Matter's rock of ages based A whole stood up firm and clear-cut and safe, All staggered back into a sea of doubt; This solid scheme melted in endless flux: She had met the formless Power inventor of forms; Suddenly she stumbled upon things unseen: A lightning from the undiscovered Truth Startled her eyes with its perplexing glare And dug a gulf between the Real and Known Till all her knowledge seemed an ignorance. Once more the world was made a wonder-web, A magic's process in a magical space, Thus vindicated, crowned, the grand new Thought Explained the world and mastered all its laws, Touched the dumb roots, woke veiled tremendous powers;

Nos réflexions une anomalie de la Matière, Et le savoir du mystique n’était qu’un leurre ; D’âme ou d’esprit nous n’avons plus besoin : La Matière est l’admirable Réalité, Le miracle patent inéluctable, La dure et seule vérité, simple, éternelle. Une dépense impétueuse et suicidaire Créant le monde par un mystérieux oubli A versé sur l’Espace ses oeuvres éparses ; Et un jour la Force se désintégrant Elle-même contractera l’immense expansion : Alors s’achèvera ce grand labeur insensé, Le Vide dépouillé, sa vacuité restituée. Ainsi intronisée, la grande Pensée nouvelle Expliqua le monde et maîtrisa toutes ses lois, Fouilla les racines, éveilla d’énormes pouvoirs Et asservit les djinns inconscients qui dorment, Inutilisés, dans la transe de la Matière. Tout était précis, rigide et indubitable. Mais quand, fondé sur le roc des âges matériels, Un ensemble sûr et ferme et clair fut établi, Tout chancela, et retomba dans la mer du doute ; Ce schème solide fondit dans le grand flux : Face à l’informe Pouvoir qui invente les formes, Elle trébucha soudain sur des choses occultes : Un éclair jailli de la Vérité invisible, Alarmant ses yeux de son éclat déroutant, Creusa un gouffre entre le Réel et le Connu Jusqu’à ce que tout son savoir semble une ignorance. Le monde redevenait la toile d’un prodige, Un sortilège dans un espace magique,


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