Savitri - Book Three - Canto 2



French translation by: Divakar Jeanson

BOOK THREE - The Book of the Divine Mother

LIVRE TROIS – Le Livre de la Mère Divine

Canto Two - The Adoration of the Divine Mother

Chant Deux – L’Adoration de la Mère Divine

A stillness absolute, incommunicable, Meets the sheer self-discovery of the soul; A wall of stillness shuts it from the world, A gulf of stillness swallows up the sense And makes unreal all that mind has known, All that the labouring senses still would weave Prolonging an imaged unreality. Self's vast spiritual silence occupies Space; Only the Inconceivable is left, Only the Nameless without space and time: Abolished is the burdening need of life: Thought falls from us, we cease from joy and grief; The ego is dead; we are freed from being and care, We have done with birth and death and work and fate. O soul, it is too early to rejoice! Thou hast reached the boundless silence of the Self, Thou hast leaped into a glad divine abyss; But where hast thou thrown Self's mission and Self's power?

Un calme absolu, incommunicable, Accueille l’âme dans sa découverte ; Un mur de calme l’abrite du monde, Un gouffre de calme absorbe la perception Et rend illusoire tout ce qu’a su le mental, Tout ce que tisseraient encore les sens Pour prolonger une irréalité imagée. Le vaste silence du Soi occupe l’Espace ; Il reste seulement l’Inconcevable, Seulement l’Innommable sans dimensions : Aboli est le fardeau du besoin de la vie : La pensée tombe, nous quittons la peine et la joie ; L’ego périt, nous échappons à l’être, au souci, A la naissance, à la mort, à l’effort, au destin. Mais où as-tu jeté sa mission et son pouvoir ? Sur quelle berge morte de la route éternelle ? Quelqu’un était en toi, qui était l’être et le monde, Qu’as-tu fait pour son dessein parmi les étoiles ? L’évasion n’apporte ni victoire ni couronne ! Tu es venu de l’Inconnu pour faire un travail, Mais rien n’est fini et le monde continue Car l’œuvre de Dieu n’est qu’a moitié accomplie. Seul, le perpétuel « Non » s’est approché, A regardé dans tes yeux et tué ton cœur : O âme, il est trop tôt pour se réjouir ! Tu as atteint l’infini silence du Soi, Tu as bondi dans son heureux abysse,

On what dead bank on the Eternal's road? One was within thee who was self and world, What hast thou done for his purpose in the stars? Escape brings not the victory and the crown! Something thou cam'st to do from the Unknown, But nothing is finished and the world goes on Because only half God's cosmic work is done. Only the everlasting No has neared And stared into thy eyes and killed thy heart:

But where is the Lover's everlasting Yes, And immortality in the secret heart, The voice that chants to the creator Fire, The symbolled OM, the great assenting Word, The bridge between the rapture and the calm, The passion and the beauty of the Bride, The chamber where the glorious enemies kiss, The smile that saves, the golden peak of things? This too is Truth at the mystic fount of Life. A black veil has been lifted; we have seen The mighty shadow of the omniscient Lord; But who has lifted up the veil of light And who has seen the body of the King? The mystery of God's birth and acts remains Leaving unbroken the last chapter's seal, Unsolved the riddle of the unfinished Play; The cosmic Player laughs within his mask, And still the last inviolate secret hides Behind the human glory of a Form, Behind the gold eidolon of a Name. A large white line has figured as a goal, But far beyond the ineffable suntracks blaze: What seemed the source and end was a wide gate, A last bare step into eternity. An eye has opened upon timelessness, Infinity takes back the forms it gave, And through God's darkness or his naked light His million rays return into the Sun. There is a zero sign of the Supreme; Nature left nude and still uncovers God. But in her grandiose nothingness all is there:

Mais où est le « Oui » éternel de l’Amant, Et l’immortalité dans le cœur secret, La voix qui chante pour le Feu créateur, Le symbole OM, le grand Verbe d’assentiment, Le pont qui relie le calme à l’extase, La passion et la beauté de la Mariée, La chambre où les glorieux ennemis s’embrassent, Le sourire qui sauve, le grand sommet d’or ? Cela aussi est Vérité, et source de Vie. Un voile noir a été levé, nous avons vu L’ombre puissante du Seigneur omniscient ; Le mystère de la naissance de Dieu demeure, Laissant intact le sceau du dernier chapitre, Irrésolue l’énigme du Jeu inachevé ; Le Joueur cosmique rie sous son masque Et l’ultime secret demeure inviolé Derrière la gloire humaine d’une Forme, Derrière l’or eidétique d’un Nom. Une large ligne blanche a présenté un but, Mais loin au-delà flamboient les aires solaires : Mais qui a soulevé le voile de lumière Et qui a contemplé le corps du Roi ? Ce qui semblait suprême était un portail, Un dernier pas dépouillé vers l’éternel. Un œil s’est ouvert sur l’intemporel, L’infinité reprend les formes qu’elle donna, Et par les ténèbres de Dieu ou sa clarté nue Ses millions de rais retournent dans le Soleil. Il y a un signe zéro du Suprême ; Nue et apaisée, la Nature découvre Dieu. Mais dans son néant grandiose tout est là :


When her strong garbs are torn away from us, The soul's ignorance is slain but not the soul: The zero covers an immortal face. A high and blank negation is not all, A huge extinction is not God's last word, Life's ultimate sense, the close of being's course, The meaning of this great mysterious world. In absolute silence sleeps an absolute Power. Awaking, it can wake the trance-bound soul And in the ray reveal the parent sun: It can make the world a vessel of Spirit's force, It can fashion in the clay God's perfect shape. Even while he stood on being's naked edge And all the passion and seeking of his soul Faced their extinction in some featureless Vast, The Presence he yearned for suddenly drew close. Across the silence of the ultimate Calm, Out of a marvellous Transcendence' core, A body of wonder and translucency As if a sweet mystic summary of her self Escaping into the original Bliss Had come enlarged out of eternity, Someone came infinite and absolute. A being of wisdom, power and delight, Even as a mother draws her child to her arms, Took to her breast Nature and world and soul. Abolishing the signless emptiness, Breaking the vacancy and voiceless hush, Piercing the limitless Unknowable, To free the self is but one radiant pace; Here to fulfil himself was God's desire.

Quand ses vigoureux habits sont arrachés de nous, L’ignorance de l’âme est détruite, mais pas l’âme : Le zéro recouvre une face immortelle. Une haute et blanche négation n’est pas tout, Une énorme extinction n’est pas le dernier mot, Le sens ultime de la vie, la fin du parcours, La signification de ce monde mystérieux. Dans le calme absolu gît un Pouvoir absolu. S’éveillant, il peut éveiller l’âme de sa transe

Et dans le rayon révéler le soleil parent, Faire du monde un vaisseau de la Force, Et façonner dans l’argile la forme divine. Libérer le soi n’est qu’un pas lumineux ; S’accomplir ici est le désir de Dieu.

Alors qu’il se tenait au bord même de l’être Et toute la passion et la quête de son âme

Affrontaient leur extinction dans un Vaste anonyme, La Présence qu’il cherchait soudain s’approcha. A travers le silence du Calme ultime, Du centre d’une merveilleuse Transcendance, Un corps de prodige et de transparence, Comme si un mystique sommaire d’Elle-même S’échappant dans la Béatitude originelle Etait venu agrandi depuis l’éternité, Une Personne infinie, absolue, s’avança. Un être de sagesse, de puissance et de joie, Tout comme une mère prend son enfant dans ses bras, Prit la Nature et le monde et l’âme sur son sein.

Abolissant la vacuité sans signes, Rompant le silence nul de l’absence Et perçant l’Inconnaissable illimité,


Into the liberty of the motionless depths A beautiful and felicitous lustre stole. The Power, the Light, the Bliss no word can speak Imaged itself in a surprising beam And built a golden passage to his heart Touching through him all longing sentient things. A moment's sweetness of the All-Beautiful Cancelled the vanity of the cosmic whirl. A Nature throbbing with a Heart divine A love that bore the cross of pain with joy Eudaemonised the sorrow of the world, Made happy the weight of long unending Time, The secret caught of God's felicity. Affirming in life a hidden ecstasy It held the spirit to its miraculous course; Carrying immortal values to the hours It justified the labour of the suns. For one was there supreme behind the God. A Mother Might brooded upon the world; A Consciousness revealed its marvellous front Transcending all that is, denying none: Imperishable above our fallen heads He felt a rapturous and unstumbling Force. The undying Truth appeared, the enduring Power Of all that here is made and then destroyed, The Mother of all godheads and all strengths Who, mediatrix, binds earth to the Supreme. The Enigma ceased that rules our nature's night, The covering Nescience was unmasked and slain; Was felt in the unconscious universe; It made the breath a happy mystery.

Apparut, dans la liberté des fonds immobiles, Une incandescence de bonheur et de beauté. La Force, la Lumière, la Joie que nul mot ne peut dire S’imagea dans une surprenante radiance Et bâtit un passage d’or jusqu’à son cœur, Touchant à travers lui tous les êtres sensibles. La douceur d’un seul instant de cette Harmonie Annulait la vanité du tourbillon cosmique. Une Nature vibrante d’un Cœur divin Etait ressentie dans l’univers inconscient ; Le souffle même devenait un heureux mystère. Un amour qui portait la croix de peine et de joie, Rendait au chagrin du monde sa divinité, Allégeait le poids du Temps interminable Et saisissait le secret du bonheur de Dieu ; Affirmant dans la vie une extase cachée, Il tenait l’esprit à sa course miraculeuse ; Portant aux heures les valeurs immortelles, Il justifiait le labeur des soleils. Car Quelqu’un était là, suprême, derrière le Dieu. Une Mère Puissance planait sur le monde ; Une Conscience révélait son front de merveille Transcendant tout ce qui est, ne reniant rien : Impérissable au-dessus de nos têtes déchues Il sentit une Force heureuse et à jamais sûre - La Vérité sans mort, la Puissance durable De tout ce qui se crée ici et se détruit, La Mère de tous les dieux et de toutes les forces Qui, médiatrice, relie la terre au Suprême. L’Enigme cessa qui gouverne notre nuit ; La Nescience qui la couvre, démasquée, succomba :


Its mind of error was stripped off from things And the dull moods of its perverting will. Illumined by her all-seeing identity Knowledge and Ignorance could strive no more; No longer could the titan Opposites, Antagonist poles of the world's artifice, Impose the illusion of their twofold screen Throwing their figures between us and her. The Wisdom was near, disguised by its own works, Of which the darkened universe is the robe. No more existence seemed an aimless fall, Extinction was no more the sole release. The hidden Word was found, the long-sought clue, Revealed was the meaning of our spirit's birth, Condemned to an imperfect body and mind, In the inconscience of material things And the indignity of mortal life. A Heart was felt in the spaces wide and bare, A burning Love from white spiritual founts Annulled the sorrow of the ignorant depths; Suffering was lost in her immortal smile. A Life from beyond grew conqueror here of death; To err no more was natural to mind; Wrong could not come where all was light and love. The Formless and the Formed were joined in her:

Arrachés des choses furent son esprit d’erreur Et les sombres états d’un perverse vouloir. Illuminées par Son identité clairvoyante Ignorance et Connaissance cessaient de lutter ; Les Opposés titanesques ne pouvaient plus, Pôles antagonistes de l’immense artifice, Imposer l’illusion de leur double écran Projetant leurs figures pour nous séparer d’Elle. La Sagesse était proche, déguisée par ses œuvres, Dont l’univers obscurci est la robe. L’existence ne semblait plus une absurde chute, L’extinction n’était plus la seule délivrance. Le Verbe était trouvé, l’indice longtemps cherché, Le sens réel de la naissance de notre esprit, Condamné à un corps et un mental imparfaits, Dans l’inconscience des choses matérielles Et l’indignité de la vie mortelle. Un Cœur était senti dans l’espace dépouillé, Un Amour qui brûlait de ses sources blanches, Annulant la peine des fonds ignorants ; La souffrance se dissipait dans Son sourire. Une Vie de l’au-delà vint conquérir la mort ; De ne plus errer devint naturel au mental ; Le tort ne pouvait venir où régnait l’amour. L’Informe et le Formé se joignaient en Elle : L’Immensité était surpassée par un regard, En un Visage s’exprimait l’Infini. Incarnant inexprimablement dans Ses membres La joie sans bornes que cherchent les forces aveugles, Son corps éclairait les mers de la félicité.

Immensity was exceeded by a look, A Face revealed the crowded Infinite. Incarnating inexpressibly in her limbs

The boundless joy the blind world-forces seek, Her body of beauty mooned the seas of bliss.

At the head she stands of birth and toil and fate,

Elle est la proue de la naissance et du destin,


In their slow round the cycles turn to her call; Alone her hands can change Time's dragon base. Hers is the mystery the Night conceals; The spirit's alchemist energy is hers; She is the golden bridge, the wonderful fire. The luminous heart of the Unknown is she, A power of silence in the depths of God; She is the Force, the inevitable Word, The magnet of our difficult ascent, The Sun from which we kindle all our suns, The Light that leans from the unrealised Vasts, The joy that beckons from the impossible, The Might of all that never yet came down. All Nature dumbly calls to her alone To heal with her feet the aching throb of life And break the seals on the dim soul of man And kindle her fire in the closed heart of things. All here shall be one day her sweetness' home, All contraries prepare her harmony; Towards her our knowledge climbs, our passion gropes;

Si lents soient-ils, les cycles tournent à Son appel ; Seules Ses mains peuvent changer le dragon du Temps. Le mystère est Sien, que la Nuit dissimule ; L’énergie alchimiste Lui appartient ; Elle est le pont d’or, le feu merveilleux. Le cœur lumineux de l’Inconnu, est-Elle, Un pouvoir de silence dans les profondeurs ; Elle est la Force, la Parole inévitable, L’aimant de notre difficile ascension, Le Soleil dont nous embrasons tous nos astres, La Lumière qui se penche de l’Avenir, La joie qui nous fait signe de l’impossible, La Puissance de ce qui n’est jamais descendu. C’est Elle seule que toute la Nature implore De guérir de Ses pieds le battement de la vie, De briser les sceaux sur l’âme de l’homme Et d’embraser Son feu au cœur même des choses. Tout ici sera un jour Son foyer de douceur, Tous les contraires préparent Son harmonie ; Vers Elle nous montons et nous passionnons ; Dans le miracle de Sa joie nous demeurerons, Ses bras changeront notre douleur en extase, Par Elle notre être sera un avec tous. Confirmée parce que transformée en Elle, Notre vie trouvera dans sa réponse accomplie

In her miraculous rapture we shall dwell, Her clasp shall turn to ecstasy our pain. Our self shall be one self with all through her. In her confirmed because transformed in her, Our life shall find in its fulfilled response Above, the boundless hushed beatitudes, Below, the wonder of the embrace divine. This known as in a thunder-flash of God, The rapture of things eternal filled his limbs; Amazement fell upon his ravished sense; His spirit was caught in her intolerant flame.

En haut, les calmes béatitudes infinies, En bas, la merveille de l’étreinte divine.

Il sut tout ceci comme en une foudre de Dieu Et l’ivresse de l’éternel emplit ses membres, Une stupeur enchantée s’emparant de ses sens, Son esprit saisi dans Sa flamme intolérante.


Once seen, his heart acknowledged only her. Only a hunger of infinite bliss was left. All aims in her were lost, then found in her; His base was gathered to one pointing spire. This was a seed cast into endless Time. A Word is spoken or a Light is shown, A moment sees, the ages toil to express. So flashing out of the Timeless leaped the worlds; An eternal instant is the cause of the years. All he had done was to prepare a field; His small beginnings asked for a mighty end: For all that he had been must now new-shape In him her joy to embody, to enshrine Her beauty and greatness in his house of life. But now his being was too wide for self; His heart's demand had grown immeasurable: His single freedom could not satisfy, Her light, her bliss he asked for earth and men. But vain are human power and human love To break earth's seal of ignorance and death; His nature's might seemed now an infant's grasp; Heaven is too high for outstretched hands to seize. This Light comes not by struggle or by thought; In the mind's silence the Transcendent acts And the hushed heart hears the unuttered Word. A vast surrender was his only strength. A Power that lives upon the heights must act, Bring into life's closed room the Immortal's air And fill the finite with the Infinite. All that denies must be torn out and slain And crushed the many longings for whose sake

Il L’avait vue et son cœur ne connaissait plus qu’Elle. Il ne restait qu’une faim de Sa félicité. Tous les buts s’étaient perdus en Elle puis trouvés Et sa base s’était rassemblée en une flèche. Ainsi fut ensemencé le Temps infini. Une Parole est dite, une Lumière est montrée, Un instant voit, les âges peinent pour exprimer. Ainsi de l’Intemporel jaillirent les mondes ; Un moment éternel est la cause des années. Il n’avait fait que préparer un champ - Humbles commencements pour une fin sublime : Car tout son être devait se remodeler Pour incarner Sa joie en lui et pour enchâsser Sa beauté et Sa grandeur dans sa maison de vie. Mais il était maintenant trop large pour le soi ; L’exigence de son cœur n’avait plus de mesures : Sa seule liberté ne pouvait satisfaire, Pour la terre et les hommes, il demandait Sa lumière. Pourtant, vains sont le pouvoir et l’amour humains Pour rompre le sceau d’ignorance et de mort ; Sa propre énergie semblait celle d’un infant ; Le ciel est trop haut pour nos mains tendues. Ce Jour ne vient pas par la lutte ou par la pensée ; Dans le silence mental, le Transcendant agit Et le cœur peut entendre la Parole indicible. Une vaste soumission était sa seule force. Un Pouvoir qui vit sur les hauteurs doit agir, Porter l’air de l’Immortel dans l’enclos de la vie Et emplir le fini avec l’Infini.

Tout ce qui nie doit être arraché et détruit Et écrasées toutes les envies pour lesquelles


We lose the One for whom our lives were made. Now other claims had hushed in him their cry: Only he longed to draw her presence and power Into his heart and mind and breathing frame; Only he yearned to call for ever down Her healing touch of love and truth and joy Into the darkness of the suffering world. His soul was freed and given to her alone.

Nous perdons l’Un à Qui nos vies sont destinées. En lui les autres demandes s’étaient tues : Il ne voulait plus qu’attirer Sa présence En son cœur, son mental et sa forme vivante ; Il ne désirait plus qu’appeler ici-bas Son toucher d’amour, de vérité et de joie Pour guérir les ténèbres du monde souffrant. Son âme, libérée, n’appartenait plus qu’à Elle.

Fin du Chant Deux

End of Canto Two


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