D'un seuil, témoigner
A mesure qu’il se pressent et se perçoit lui -même comme une manifestation évolutive de la conscience, sa créativité s’unit à sa cause et à son mouvement, emplit sa vie et son co rps, et se situe dans une nouvelle relation, directe et mutuelle, aux objets qui pour nous sont encore extérieurs. L’essence de ces instants de rencontre et de fusion que l’artiste connait au sommet de son art et qui forme la plénitude de son accomplissement, de ces instants d’intuition blanche et révélée, de communion avec les lois profondes de la matière et de la vie, que le savant, le chercheur ou l’inventeur éprouve à l’apex de son travail, est l’indication d’un état de conscience dont la créativité est une force innée. Alors que nous apprenons à choisir, nous apprenons à discerner de quoi nous nous faisons les porteurs et les véhicules, et à exiger de nous-même une contribution réelle et non plus la satisfaction de son illusion. Devenant conscients de notre responsabilité créative, nous connaissons le respect du monde. Toute la vie devient le champ d’une dédication libre et offrante. La créativité unit le sujet et l’objet, également les anime ; par elle leur accord se révèle. En rassemblant notre capacité de choisir, nous retrouvons la créativité de notre être. Nous réalisons que l’espace premier de notre créativité est notre propre personne, physique et vivante : le sens de l’incarnation se fait jour. La plupart des disciplines spirituelles avaient pour principale assomption que l’objet ou le but de nos efforts était séparé de nous, soit par une indifférence à l’égard de la création, soit par quelque faute originelle que nous aurions commise, soit encore par une succession de niveaux ou d’états qui lui étaient étrangers et qu’il nous fallait apprendre à franchir ou dont les forces et les énergies devaient être apprivoisées et maîtrisées. Il y avait toujo urs, d’une manière ou d’une autre, entre la Cause et le créé, entre le divin et nous- mêmes, entre l’esprit et la forme, une division, ou une distance, ou une paroi, ou une vaste illusion, que nous ne pouvions transcender qu’au prix de formidables efforts e t de terribles épreuves par lesquels notre ferveur et notre sincérité étaient mesurées. La vie elle- même était un piège, une absurdité ou, au mieux, l’étape initiatique nécessaire de notre voyage. Quelque chose a changé dans le monde. Le temps et la néces sité sont maintenant devant l’homme, de trouver le divin et le vrai, le conscient, en lui-même, dans la vie, dans le corps et la matière – de se libérer des formations et des intermédiaires. Créativité, communion, révélation sont un seul mouvement de force consciente.
La Question brûle, partout dans ce monde.
Il nous faut ce courage, de regarder et de trouver.
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