D'un seuil, témoigner

Notre apprentissage de la matière se fait à contre-sens. Car, si notre choix et notre orientation, notre intention, étaient claires, nous serions à présent illuminés, dans notre existence d’hommes, par l’unité que la matière nous révèle. Notre conscience en aurait grandi d’autant, alors que nous avons surtout démesurément amplifié l’ombre de notre moi. Le fait est, pourtant, que notre conscience a grandi. Mais, pour le savoir et l’éprouver, il nous faut d’abord nous libérer de l’obscur péril de nos contradictions. Pour comprendre ce que la connaissance ou l’usage vrais d e ces forces physiques et matérielles requièrent de notre conscience, il nous faut trouver ou retrouver le contact et l’expérience intérieurs directs de l’identité de la Terre, de son rôle et de sa fonction véritables dans l’évolution, comme il nous faut réaliser la vérité vivante de tout ce qu’elle porte, soutient et recèle, et la profondeur et l’intimité qui nous unissent à elle. Il nous faut réaliser la divinité de la matière. L’usage de ces forces peut, selon la qualité de notre choix, conduire à un a ssujettissement et une aliénation de plus en plus grands, à faire de la Terre un désert invivable et puant et de l’homme un vide intérieur ou, plus brutalement, à anéantir le corps du possible et de l’expérience, comme il peut nous mener à une simplicité é voluée de la vie physique, à une libération du temps, nous permettre l’exploration et la recherche de formes nouvelles mieux adaptées à notre besoin d’être, nous aider à nous délivrer de l’esclavage aux nécessités physiques quotidiennes, ouvrir l’espace de notre expérience et nous assister dans l’évolution de nos choix. Tout est lié. Dans notre monde d’aujourd’hui, c’est le mésusage du pouvoir de l’argent qui détermine négativement notre orientation dans la découverte et l’usage des forces physiques et matérielles.

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Dans une vie commune dont le principe à manifester est une anarchie divine, une spontanéité consciente, la créativité de l’être doit s’unir à sa vérité et en devenir l’expression.

Ce qui est pour nous encore l’expression formelle, extérieure, ce que nous appelons parfois l’art et parfois la culture et parfois la science, est ouvert à toutes les influences contradictoires d’une réalité fragmentée, divisée, séparée, arbitraire. En apprenant à se référer à l’unique validité de sa propre présence au monde, l’être individuel redécouvre les formes visibles et explore ses propres affinités au créé, comme au possible, et sa propre réceptivité à l’avenir. Sa créativité se révèle selon des rythmes et des intensités qui lui sont propres. Sa communication au monde se précise et devient le medium de sa libre participation.

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