D'un seuil, témoigner

Les disciplines psychologiques et spirituelles, les structures de la séparation, les rapports établis à l’autre et au divin, les implications ordinaires de la sujétion à l’argent, au pouvoir, à la machine, à la science, à la médecine, et toutes les améliorations du même traitement impuissant de notre manque d’être, pèsent sur nos choix. Vouloir tous les rejeter, équivaut à une fuite en avant, stérile et insensée. Se rendre à leur empire, revient à se tromper nous-mêmes et repousser ailleurs ou loin dans le temps la réalité du changement. Reconnaître le fait de leur persistance et tenter de découvrir le procédé de leur ouverture, ou de leur défaite , par l’évolution de ce qui en nous leur correspond, peut prendre la forme d’un compromis difficile à vi vre, mais reflète objectivement notre condition et les termes de notre transition. Chaque mouvement a peut- être sa vérité, que l’on ne peut identifier qu’en étant soi -même un peu décanté, un peu libéré, un peu plus capable de choix. Il semble que ce soit toujours et avant tout dans notre expérience et notre utilisation de tel ou tel moyen que nous nous trompions et en perpétuions les conséquences nocives, en termes de vérité. Dans Sa « ville », nous apprenons à regarder l’argent comme une force spécifique, encore nécessaire sur la Terre, dont la génération et l’usage doivent être mis au service de la création des conditions favorables à l’harmonie d’une vie plus vraie : comme une force impersonnelle, qui ne peut être appropriée sans perdre sa vérité créative – une force qui passe et circule sans cesse, se transformant sans cesse et partout où cela est nécessaire en formes et en instruments d’une vie individuelle et commune orientée ; une force dont l’hypnotisme ne peut être éclairé et déraciné de notre conscience que par la pratique d’un usage libre, transparent, fait de reconnaissance et de respect ; une force qui doit être progressivement retirée des mains de ceux qui l’accaparent et la retiennent et en étranglent ou précipitent le flot et le mouvement, pour être canalisée par ceux-là qui sont capables d’en faire un usage conscient – un usage qui demande, quelle que soit l’intensité de son flot, la même qualité d’exactitude et de transparence, le même sens de son utilité profonde pour le renouvellement et le progrès des formes, le même discernement des besoins réels, évolutifs, de toute situation et de toute expérience. L’argent est une force subtile dont le support est physique dans son signe et sa convention. Le respect et l’attention qui sont nécessaires à son usage vrai sont d’autant plus impératifs dans l’usage des forces physiques et matérielles dont l’homme est parvenu, dans l’ambivalence de sa recherche, à obtenir une maîtrise relative. Plus on s’approche de la matière, plus on pénètre dans son domaine, et plus l’on touche à l’ensemble et à la totalité du monde et de la vie – et plus notre responsabilité est grande, car plus les conséquences de nos choix sont générales. Il en est de même pour l’individu, en soi -même et face à la vie. La priorité est à une orientation consciente, et à son choix renouvelé. Au besoin qui l’incarne.

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