D'un seuil, témoigner
Pour nous de même, et pendant des âges, l’esprit, ou le suprême, ne pouvait se trouver, si toutefois nous lui concédions une situation quelconque, que très loin de nous, à d’immenses distances, et s’il semblait qu’il nous avait envoyé un émissaire, sur notre plan, alors cet émissaire devait nécessairement souffrir avec nous, partager tout notre drame, chair dans notre chair et jusqu’au bout, pour nous racheter dans l’au -delà. Mais ici, dans la vie, sur la Terre, il ne pouvait pas y avoir de divin entier, puisque nous mêmes ne l’étions pas.
Alors, peut-être, que nous commencions par nous libérer nous-mêmes ou par libérer ce divin, l’effet sera le même : en termes d’être et de conscience, l’on verra, l’on grandira.
L’Inconnu est devant nous.
Si nous pouvions lui donner le crédit que l’on donnerait à la fois à un frère, un ami, une mère, un amant, une épouse, un enfant, une clairière, une galaxie, un maître, la rivière, un apprenti, la foudre, le soleil, la mélodie – si on lui rendait enfin toutes ses formes et tout son pouvoir et que l’on se tourne au - dedans ou dans l’instant, là, simplement, vers une main, une présence, un regard… Il y a, pour notre conscience encore, deux niveaux dans le choix, dont la confusion et le mélange engendrent toutes nos difficultés : une surface et une profondeur – c’est le fruit que nous ne savons pleinement goûter. Le choix profond n’est jamais, ne peut pas être, d’un objet, ou d’une finalité. Le choix profond est essentiellement une orientation, l’adhésion de l’être à une direction. Il est qualité vivante, perception d’un courant ou manifestation d’un besoin essentiel à l’être. Il devient, dans sa pratique, le regard et le discernement actifs de ce besoin. Il devient courage et fidélité. Tous nos malentendus proviennent de ne tenter la pratique que d’un choix de surface, un choix entre des objets, entre des finalités qui s’opposent ou se contredisent ; ce choix superficiel fait intervenir les préférences, les opinions, les positions, les réactions et toute la cohue de notre mental dissocié et tout le poids de son jugement qui repose sur la dualité. L’insubstantialité de nos choix produit la nécessité du reco urs à des moyens arbitraires et extérieurs pour les affirmer, les effectuer, alors que leur superficialité même les rend inaptes à traiter les causes des disharmonies auxquelles ils prétendent remédier. Dans une aventure commune dont le fondement est la liberté au service de la découverte et la manifestation d’une vie plus consciente et plus vraie, d’une unité progressive, l’on réalise que, tant que chaque participant ne pratique pas le choix profond, ne développe pas la perception centrale d’une direction et d’une orientation qui, par leur propre momentum, graduellement se révèlent et s’affirment, la confiance collective qui seule permet une organisation ouverte et plastique aux nécessités imprévisibles du chemin, est impossible et demeure entravée.
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