D'un seuil, témoigner
C’est là. Cela sait, Cela aime et Cela veut. On est des riens dans cette coulée. Et pourtant, on est très importants.
Il nous faut beaucoup de confiance, et beaucoup de transparence, pour aider et participer. Il nous faut être à l‘écoute, à cette écoute offrir chacun de nos petits et de nos grands choix, comme des enfants qui vibrent tranquillement de leurs fleurs ramassées, avec la confiance active que tout a un Sens, que le grand Devenir est réalité vivante, et qu’il nous faut seulement apprendre, désormais, à ne plus nous en séparer.
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Tout petit, j’avais déjà le sens aigu de certaines dualités, auxquelles je semblais être particulièrement lié, et dont les pôles opposés semblaient, à valeur et intensité égales, être inscrits dans mon expérience. Masculin, féminin. Proche, lointain. Etranger, humain. Elles m’exposaient autant aux chocs violents de leur vérification extérieure qu’à l’étouffement de ma participation à un monde d’où les moyens de leur libre expression étaient absents ou refoulés. Par la force des contradictions qu’elles révélaient ou soulignaient dans la vie, elles n’ont eu de cesse de m’obliger à cherche r, discerner, identifier et éprouver l’état ou la réal ité qui les soutenait également, et à découvrir la viabilité ou la pratique de cet état. J’ai appris par la suite que, dans notre passé, ce n’est q u’au sein de sociétés dont la vertu présidente n’était pas la raison intellectuelle, mais une intuition plus profonde, quelque part à la jonction de la vie, du mental et de l’esprit, que la manifestation individuelle de ces dualités particulières était reconnue et acceptée. Mais encore l’était -elle avec des précautions spéciales, une fonction spéciale lui était-elle assignée, et un certain isolement fait de révérence et d’une crainte sacrée. Il semble qu’il soit encore très difficile pour nous de simplement laisser être et jouer ces dualités, sans jeter toutes nos forces d’un côté ou de l’autre de la balance, tant elles contredisent notre sens de l’identité et de l’intégrité. Pourtant, dans une mesure, chacun de nous porte ces dualités, elles agissent en chaque être uniquement, et nous perdons beaucoup, pour notre connaissance du monde, à les manipuler ou à les refouler. Cette même crainte, et parfois cette terreur, de voir notre identité contredite par des forces apparemment opposées dont nous sommes nous- mêmes les porteurs, nous l’avons reportée, comme tout le reste, sur notre appréhension du spirituel et du divin. Puisque nous avons fait un dieu-le-père, il nous a fallu ménager un espace, plus ou moins secret, pour la déesse-mère ; ou inversement. Notre sens même du divin est tronqué, divisé. Notre perception même de ce qui parvient à notre conscience d’une source suprême ou centrale est abîmée, dénaturée par ces mêmes valeurs.
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