D'un seuil, témoigner
On se voit contraint de reprendre l’usage des vieux artifices, d’ avoir encore recours à cette parodie de pouvoir : l’autorité, le pouvoir de la décision et celui de l’appliquer.
On réalise que la communication directe des êtres qui apprendraient mutuellement les uns des autres le fait vivant et constant de leur aventure et de leur découverte individuelle, demeure prisonnière de nos jugements extérieurs et partiaux, étouffée par l’image de nos manques respectifs ; que la richesse croissante d’être nombreux à che rcher, à révéler, d’être ensemble les découvreurs complémentaires du chemin, demeure réduite, étranglée dans une idée sans pouvoir de notre unité. On réalise que le partage de notre expérience de l’idéal et de sa force consciente, de la surprise de son ac tion, de l’épreuve de sa portée comme de sa vérité dans la vie et la matière, demeure englué et stagne dans la formation d’exclusivismes et de subtiles rigidités. Confrontés au brassage très localisé de plusieurs races et de nombreuses cultures, l’on réal ise que, tant que chaque individu présent au travail n’a pas choisi l’homme, la conscience, n’a pas suffisamment éprouvé le besoin de ce choix qui est orientation et ouverture à un changement de conscience et d’état, l’on retourne, dans l’ensemble et malgr é l’évidence de l’appel, dans l’ornière de l’habitude et de la complicité raciales et culturelles. Le monde se referme, cloisonné. Il est impossible et insensé d’abolir les genres, les structures, les classes, les cultures, les races, tant que l’individu ne choisit pas la conscience, d’un choix profond, plutôt que ses formes présentes dans un choix de préférence – le choix de la conscience et le choix évolutif sont un. Je tente ici de mettre à jour quelques- uns des enseignements issus d’une expérience commune qui se poursuit, et qui n’a de sens que justement par ce qu’elle révèle à la fois des difficultés humaines et planétaires que nous vivons tous aujourd’hui et, non p as de leur solution mais de la possibilité de leur simple disparition, par et dans l’émergence d’une compréhension autre et plus vraie. Cette compréhension, en soi, n’est pas la force qui transformera notre nature, n’est pas la force qui nous fera passer à l‘étape suivante, dans un autre état, matériel et conscient. Mais cette compréhension, atteignant à la cause de nos faux problèmes, de nos problèmes relatifs, peut nous permettre d’accéder à une transparence, à une perception clarifiée du pas qui nous attend, de sa réalité. Elle peut nous rendre à un équilibre et une harmonie humaine suffisants, un milieu terrestre d’ouverture au sein duquel, ici ou là et selon des critères que notre pensée ne peut pas identifier, un rapport avec le prochain état pourrait commencer de s’établir. Elle peut nous permettre de défaire et de dépasser la possibilité même de la catastrophe. 27
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