D'un seuil, témoigner

L’ « éducation », nous nous en apercevons maintenant que nous sommes tous confrontés à l’u niverselle débâcle de nos valeurs et à notre impuissance à contrecarrer les effets endémiques de notre misère intérieure, était devenue synonyme d’un terrorisme intellectuel, moral et culturel par lequel nous reproduisions la même perpétuelle infirmité, par lequel nous nous rendions incapables de choisir. Les conséquences de cette infirmité s’éprouvent à chaque instant de notre vie, qu’elle soit « publique » ou « privée ». Elles s’inscrivent dans chaque relation, si anodine soit - elle, de l’individu à l’aut re, aux autres, à l’environnement, mais aussi dans chaque perception que l’individu a de soi -même, de l’existence et du monde. Elle, dans Son ultime et libre bon sens, a tenté, parmi ceux qui s’étaient réunis autour d’Elle, d’inculquer le sens d’une « éducation » qui, au contraire, assisterait l’être individuel dans la croissance solide de son propre contact direct et unique à sa propre vérité d’être au monde. Une éducation qui serait une présence attentive, disponible, en éveil, au service de la libre découverte de soi, du dynamisme propre à chaque existence ; qui mettrait à la disposition de l’enfant et de l’adolescent les éléments ou les clés de connaissance physique, pratique, psychologique et spirituelle dont, spontanément, il manifesterait le besoin ; qui accompagnerait sa découverte du monde et de l’expérience, pas à pas, sa reconnaissance progressive et renouvelée de sa propre cause profonde, de son propre choix essentiel d’exister, de participer, de ses propres moyens de remplir sa fonction, de con tribuer à l’évolution et de servir ses buts, de s’unir à ses rythmes. Une éducation qui aiderait l’enfant à préserver sa liberté de choisir et de manifester, qui l’aiderait à percevoir le nécessités communes réelles, dans une lumière impartiale, qui l’aide rait à conserver, approfondir, préciser, vérifier, développer ses propres ressources intérieures originales, à garder le sens vivant de son appartenance à la grande Source d’être, et des termes de son propre engagement. Une éducation qui implique évidemment, de la part de ceux qui s’offrent à en être les agents, la réalisation d’une certaine transparence, et des qualités conscientes d’attention, de patience, de discernement et d’intuition. Dans cette « ville », nous étions loin de remplir ces conditions. Emergeant à peine nous-mêmes du réseau restreignant de la grande confusion, pervertis dans nos mouvements, ignorants de l’équilibre, encombrés et noués, nous ne pouvions guère prétendre à cette compréhension active et sereine. Nous étions de la matière brute, dans un grand désordre de notions, d’espoirs et de croyances, sur un terrain désert, à pied d’œuvre et sans guide apparent. Pourtant, des enfants, il y en avait déjà parmi nous, et beaucoup d’autres sont venus. Miroirs de nous-mêmes et rappels vivants et constants des conditions réelles du travail, récipients de nos peurs mais porteurs et emblèmes de l’idéal, répondant d’instinct à l’appel de la liberté, baromètres infaillibles des mouvements de forces, reflets immédiats de nos conflits, par la spontanéité de leur don de soi , par la nudité de leurs réponses et l’honnêteté

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