D'un seuil, témoigner
dédié, la réponse de la matière change – elle se met à absorber les vibrations nouvelles et, par cette absorption, elle les fixe, les reproduit et les répand. Ainsi, petit à petit, très lentement, car il est long de frayer un chemin parmi tout ce qui contredit et se refuse, s’établit comme un acquis irréversible, un lieu s’imprègne de sens et le rayonne. Ainsi, dans nos corps, la répétition choisie et volontaire d’un symbole explicite de notre aspiration, ou notre besoin – explicite pour notre conscience - , d’une formule chargée de la perception du chemin, véhiculant pour nous la force qui nous fait grandir, révèle et produit l’adhésion, le soutien et la participation active des composants de ce petit peu de matière que nous sommes. La conscience dans nos corps, ignorée, git comme au-dessous de tous nos états, de tous nos actes, de toutes nos pensées, subissant sans recours la portée réelle de tous nos mouvements. C’est presque toujours et constamment malgré nous que les cellules de nos corps remplissent leurs fonctions d’harmonie et perpétuent leur cohésion. Nous ne savons pas à quel point la moindre de nos pensées influe sur leur mouvement, fait intrusion dans leur ordre, se manifeste dans nos corps. Et, si nous commençons de le percevoir, alors nous commençons aussi de toucher le fait de ce miracle perpétuel qui se produit dans la matière, de ce miracle conscient. Comme une grande comète blanche et or Elle était venue, d’ailleurs et de tous les temps, cette puissance d’être, et s’était enfoncée dans la Terre. Nos yeux ne pleureraient pas le regret ou la honte de Sa traînée fugitive.
Elle S’éclipsait là même où nous ne sommes pas encore. Elle S’occultait là où nous manquons de conscience.
Libre voyageuse de tous les univers, liée d’amour au Besoin dont tout est la forme et le corps, Elle avait porté dans notre substance et logé dans la matière les graines et le ferment d’un grand changement, d’une nouvelle naissance matérielle.
L’homme extérieur n’était pas prêt à L’admettre. L’homme intérieur luttait encore pour partir, vénérait encore l’illusion de la mort. Pourtant l’humain est parvenu aux confins de son monde.
Elle qui sait, pleine de ce qui doit venir, S’est reculée pour construire.
Chacun a sa manière de fuir, de ne pas devenir : on a une prédilection pour le désespoir, ou la révolte, le mutisme ou le bruit, le retrait ou la suractivité. Mais là, devant ce qui venait de se passer, confrontés à la disparition de Sa référence tangible, l’étendue et la profondeur mêmes de la question qui se posait rendait nulle toute fuite. C’était plutôt comme d’être passé, sans s’en rendre compte, d’une marche ou d’un mouvement dont la sécurité était cette Certitude par Elle incarnée, à une autre marche ou un autre mouvement dont la seule sécurité serait l’intensité d’une question vivante qu’Elle pourrait habiter, par où l’on pourrait La retrou ver, plus vrais et plus prêts.
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