D'un seuil, témoigner
C’est un grand gaspillage et une grande destruction, disons-nous, en essayant de retenir les lambeaux d’une beauté passée, d’une noblesse et d’un sacré piétinés, qui n’étaient pourtant qu’une image. Car, quand avons-nous jamais vraiment vécu ? A combien d’instants avons -nous jamais été pleins ? Nous sommes là, confrontés partout à cet incommensurable gâchis, à cette fin, continuant sur notre lancée à croire aux bienfaits universels de telle ou telle panoplie d’un homme amélioré dont le visage pourtant ne parvient plus à nous convaincre. Alors, pour quoi, tout çà ? Et l’on revient à ce seul besoin, au -dedans mais aussi, maintenant et partout et tout le temps. Et l’on s’aperçoit que quelque chose, vraiment, est arrivée, on ne sait quand ni comment mais, si l’on écoute bien, si l’on se tait un peu, il y a, dans ce besoin, comme un courant d’une autre nature et i l y a, en réponse à ce besoin, dans les plus petites circonstances du quotidien, autour des plus minimes mouvements de la vie, ou veillant sur les plus infimes opérations de notre conscie nce, comme la présence ou le regard d’un état autre, d’une continuité, ou d’un continuum conscient. Quelque chose que peut- être l’on peut apprendre à vérifier, quelque chose qui est sans jugement, mais infiniment plus sûr que tous les guides, sans arbitraire, sans origine particulière, sans identité, mais infiniment présent, constamment agissant, quelque chose qui semble posséder le sourire secret de toute cette vaste irréductible et flagrante catastrophe de l’homme, de tout ce parfait et impossible piège. Et la perception bascule. Les forces et les énergies qui animent l’homme sont d’origines différentes ; l’homme en est le masque autant qu’il en est le véhicule et l’exécutant. La conscience dans l’homme a appris à reconnaître leur passage, à identifier le urs natures, à éprouver les effets de leur action et, à mesure que la confusion de l’expérience s’apaise et s’éclaircit, cette connaissance se communique et devient nôtre. Il est possible d’éviter, d’épargner beaucoup de souffrance encore, en prenant conta ct avec cet acquis, cette capacité de discernement disponible. La violence et la rapidité des changements auxquels la Terre est soumise ont finalement précipité ensemble dans la grande foire commune toutes les valeurs de l’humain, les plus ésotériques comme les plus banales, à la merci de toutes les curiosités, de toutes les convoitises comme de tous les dédains ; dans la grande clameur du marché mondial, nul ne peut y reconnaître les siens. Toutes ces forces et ces énergies de même, qui ont avec l’homme leurs vieux contrats, circulent en tous sens et s’en donnent à cœur joie, c’est le grand foutoir et la farce générale. Il vaut mieux, et c’est bien ainsi, ne plus chercher de représentants à son propre chemin.
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