D'un seuil, témoigner

notre rencontre, venue de cet instant passé éternel et de sa réponse en avant, l’un e t l’autre se joignant, l’orbe s ’étend d’un Etat autre, libre de tous les contraires ?

Dans le corps, git l’action permanente d’une double puissance consciente, celle de la vie et celle de la mort. Mais peut-être le corps recèle-t- il aussi, et les soutenant, le pouvoir d’Etre et d’exi ster enfin ? S’il est un fait éternel que l’essence, la source première de tout être, de toute individualité, est une, indivisible et la même, c’est aussi un fait de l’évolution que, sur le chemin de la découverte de l’être et du vrai, nous sommes tous i négaux. Dés que s’engage, dans l’humain individuel, une réflexion dont la démarche implique plus que la pensée et le raisonnement, une réflexion suscitée par un besoin plus profond, commence à se révéler la nécessité de trouver un centre. L’être extérieur commence d’éprouver le manque d’une référence vivante, d’un centre ou d’un soi plus réel, plus conscient, indépendant des contingences mais les éclairant, qui le mettrait en rapport avec la réponse pleine, non tronquée, non fragmentée, aux questions qu’il se pose. L’intensité même de ces questions progressivement nous habite, comme un silence qui se charge, et il semble que cette tension qui se développe en nous ait le pouvoir naturel de modifier les circonstances de nos vies. Quel qu’ait été le cours extérieur de notre existence jusqu’à ce point, il semble que dés que ce besoin se révèle et fait du dedans intrusion dans nos mécaniques habituelles, sa pression même, progressivement et indépendamment de la volonté que nous nous connaissons, indifféremment à ce que nous croyons ou jugeons le meilleur, agisse sur les données et les composantes de ce cours, e n altère ou bouleverse l’ordre ou parfois, simplement, leur donne un sens nouveau, une autre dimension, à laquelle nous n’aurions jamais, par nous même, accédé. Jusqu’à présent, dans l’histoire de cette vague, les choses intérieures s’organisaient toujours de telle façon que, lorsque l’individu devenait lui - même dans sa vie comme l’écho de sa propre question brûlante, tôt ou tard et quelle que soit sa situation extérieure, il était mis en présence d’un signe ou d’une série de signes physiques qui indiquaient la marche à suivre , éclairaient l’ombre d’une solitude devenue soudain plus absolue, et le plus souvent le conduisaient à un guide, sous la forme d’une autre personne humaine ou, au moins, d’un enseignement spirituel.

Le monde a changé.

La force irrésistible de l’évolution a brassé l’homme dans toutes ses parts, saccagé tous ses sanctuaires, répandu tous ses trésors, arraché de leurs voiles toutes ses vérités exclusives qu’il abritait du profane, renversé ses idoles et détruit leurs socles, diffusé en tous points son acquis et démoli l’image de son bien comme de son mal. L’homme est réduit à son état. Tout est là.

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