D'un seuil, témoigner

La nécessité pratique que révélait ainsi cette double condition était donc d e trouver l’état de conscience ou la perception sûre qui permettrait de savoir si elle était remplie, et quand elle ne l’était pas. Nécessité pratique qui est finalement devenue, dans le lieu et la durée, un long chemin p euplé d’erreurs, d’approximations, de vieilles résurgences, de demi -vérités avec, parfois, dans la foulée bruyante de nos efforts, l’instant d’un regard clair, d’une évidence. Une évidence étrangère au mental. Une évidence, pourtant, si familière : une évi dence de l’être.

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Pour faire ce chemin d’apprentis, quelque chose nous a été retirée. Du sens concret, présent, d’une grande Coulée puissante et vraie, nous sommes passés à l’état incertain d’un processus multiple. Un tâtonnement sans guide.

Elle a fait un pas de côté. Et nous, on a dégringolé.

Comme si une grande Présence, blanche et vibrante et si pleine de Cà, nous avait déposés là, à ce point physique d’une alchimie à venir, puis, sans un mot, sans un signe, s’était retirée. Et ce point magique, ce t impossible présent, en quelques battements de vie, s’est c omme répandu, diffusé, joint aux dimensions d’une seule sphère, celle de la Terre, et de tout ce

qu’est l’homme ordinaire. Une réalisation à l’envers.

Et il a fallu repartir dans la jungle du relatif, chacun serrant à soi le trésor d’un souvenir conscient, ou d’un contact inconnu, gratuit, inexplicable.

Parfois l’homme, tout l’Homme, semble être une seule fuite en avant . Et inévitablement doit venir le moment où il faudra rencontrer, affronter, comprendre, résoudre l’ombre de notre glorieuse et misérable échappée, pour rejoindre enfin le grand mouvement du Devenir. Pour se ré-unir. Quelle est cette ombre ? Existe-t-elle ? Et n’est -elle pas notre plus grande lumière ? Et peut-être toute notre fuite et ses tourments ne portent-ils que la peine et la douleur de l’avoir trompée, d -être nous-mêmes devenus son ombre projetée ? Et peut-être y a-t-il eu en fait un choix conscient, un choix fraternel, loin là-bas dans le temps sans mémoire ou serti dans le cœur de nous - même, le choix d’incarner, d’explorer le contraire, de faire rendre à la contradiction tous ses possibles, un grand exorcisme lent et total de la possibilité même de sa réalité ? Et peut-être, quand nous semblons enfin reconnaître l’inanité de ce mal -être perpétuel et que nous nous découvrons impuissants à le changer par nos propres moyens, peut-être à

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