D'un seuil, témoigner
De la position physique, du statut de créature physique, l’homme, selon les contrées et les âges, a pu s’orienter dans les différents développements de son expérience, se cristalliser dans les différents aspects de sa personne autrement mouvante et incertaine.
Ceux dont l’axe choisi était d’une communauté avec les mouvements et les formes physiques de la Terre ont cultivé le sens d’un environnement dont chaque être était en partie responsable, en partie le garant.
Pour d’autres, dont le chemin était d’affirmer leur réalité d’homme en explorant et vérifiant les pouvoirs du mental, ce sont les ressources physiques de la Terre qu’il s’agissait d’organiser, d’agencer, de gérer ou d’utiliser au service des besoins croissants d’une vie qui se découvrait de plus en plus séparée de ce même environnement. D’un côté la connaissance instinctive ou profonde que toute possession, pour être vraie, c’est -à- dire féconde d’un progrès de l’être et de la conscience et d’une harmonie supérieure, doit nécessairement être mutuelle ; et de l’autre, la soif d’acquérir, de conquérir, de posséder pour grandir, élargir et diversifier les possibilités de l’expérience, atteindre ce qui est loin, saisir l’inaccessible, prendre et garder la sécur ité acquise. Mais le corps, toujours ignoré. Bafoué, mutilé, l’esclave ou l’objet, la bête de somme, la marchandise ou l’appât, forcé de porter nos symboles et les marques de nos tyrannies, lui-même porteur coupable du germe honteux de notre perpétuelle défaite, ce corps qui ne savait que nous servir un moment pour nous faillir sûrement, cet allié à notre insu de notre déchéance et notre échec, ce corps qui toujours malgré toutes nos gloires nous rendait à notre abjecte soumission… Ou ce corps peut-être parfois aimé pour nous permettre l’expérience et la découverte de nous-même et rendu alors avec égard et respect à la grande matrice du monde et ce corps l’outil de mesure pour évaluer notre conquête de la peur, cette conquête, peut -être, la seule noblesse de l’homme. Mais le corps, vraiment, de conscience il n’avait pas. Comme la pierre, la branche, la corne et la fleur, animé par des forces conscientes, ou bien une machine, merveilleuse oui, mais faillible ; comme la montagne, le chant de l’aube, le grondement de la terre, le signe manifeste, oui, ou le véhicule temporaire d’un laborieux accomplissement dont la conclusion serait ailleurs, toujours ailleurs, ou la sécurité naturelle d’un matériau solide, stable, obéissant dans des limites, fiable jusqu’à un point, pour l’élaboration des valeurs humaines et leur transmission perpétuelle, ou la protection et l’ancre pour chaque étape du voyage de l’âme – mais la conscience qui formait ses atomes, n’était -elle pas Lui, enfin ?
Quand on dit « le corps », notre conscience humaine se tourne en fait vers une confusion de niveaux et d’états, un mélange qui por te ce nom.
De toutes les leçons du passé, de toutes ces tentatives, il y a toujours un Bien à discerner et retenir, une Utilité pour l’avenir. Et tout le reste doit se désapprendre.
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