D'un seuil, témoigner
A Celui auprès de Qui Elle S’était rassemblée, à Qui Elle S’était donnée, à Lui Elle voulait à nouveau l’offrir, Lui qui demandait seulement un petit nombre, cent homme s dédiés et prêts. Celui- là, dont l’amour L’avait gardée vivante, Se retira le premier, répondant à cette même nécessité de Se soust raire à l’ attention humaine pour agir et travailler. Alors, Sa ville, Elle l’a offerte au monde , à un humain devenu planétaire malgré lui, offerte comme instrument pour cette Force répandue en tous points. Et advienne que pourra. Ce n’était plus cette création qu’Elle aurait animée, la Force était venue, et travaillait, et Elle jetait quelques graines de vérité dans le grand mouvement de son action et de son travail, et on verrait ce qu’il en sortirait, la sélection se ferait autrement, par des moyens invi sibles, à travers un processus que nul ne pouvait prédire. Les graines étaient vraies, le besoin, réel. Et le moment était venu. Et, dans cette « ville », pour commencer, une ville qui était et serait surtout un chemin, et peut-être une porte, une ouverture concrète sur un autre regard et un autre être matériel, dans cette ville il y aurait une liberté complète. Car il n’y avait et n’y aura jamais d’autres moyens de révéler le besoin véritable et le vrai don de soi. Alors voilà. On a précipité ensemble et pêle-mêle un petit nombre, des corps à peine sevrés, tout encombrés des incompatibles de leurs différentes cultures, touchés dans leurs rêves par un idéal formidable et tout bête dont les résonances profondes mystérieusement les ramenaient à Elle, cet idéal évident de bon sens ou de folie, celui de l’unité humaine : l’unité, comme condition préalable à la manifestation d’un monde nouveau. Largués dans les circonstances les plus contradictoires par le fait d’un privilège incompréhensible et injustifiable aux yeux de toute raison humaine, quelques-uns se sont réveillés là, un matin brûlant, sur un arpent de terre érodée, usée par un siècle de vent et de misère, cernés par une humanité réduite à une caricature d’elle -même, leurs yeux incrédules contemplant l’impossible immensité du travail, mais quelque part autour d’eux comme un s ourire amusé, patient, tranquille, et comme la mémoire à peine resurgie d’une aspiration très ancienne, d’un vœu très ardent, et d’une promesse. Le besoin de vérité devrait remplacer toute contrainte, et en proportion de ce besoin l’homme serait - il capable de s’offrir volontairement au changement. Il faudrait du temps.
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Tout se passe comme si, de la nécessité d’un apprentissage à un équilibre physique sur la Terre, on passai t à la nécessité d’un apprendre matériel.
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