D'un seuil, témoigner
(Il est édifiant de constater combien peu nombreux sont les mots disponibles lorsque ce qui souhait e s’exprimer, se communiquer, est de la nature de l’expérience, et non pas de la pensée, et lorsque ce qui demande à se dire est d’ordre crucial, essentiel ou central. Egalement l’est - il de constater que quelques mots suffisent, même s’ils sont employés di fféremment et à différentes reprises dans différents sens, pour véhiculer la réalité d’une expérience lorsque l’autre est, lui, disponible, et conscient en lui - même d’une substance réceptive à l’expérience qui se communique.)
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Puis 1973 est venue.
Dés le commencement de cette année-là, il était clair que, dans les mouvements et l’action de la Force, une volonté était venue de « nous » préparer, de « nous » apprendre à nous passer de la référence ponctuelle à Son corps individuel, de la concentration sur Son corps en tant que réponse, flamme accessible et présence. « Nous » - c’est -à-dire tous ceux, quels qu’ils soient, à travers qui l’humain rencontrait en Elle la Force qui allait fabriquer ou manifester l’après - l’homme. Et la compréhension qui s’ouv rait au contact de cette volonté montrait la nécessité pour Elle de déplacer Son corps derrière un écran de Force consciente, de l’abriter de l’attention humaine, pour pouvoir, mieux protégée, faire seule le pas ultime qui concrétiserait le passage. Ce qu e je ne savais pas alors, c’est que c’était auprès d’Elle, dans Son espace physique et matériel, que la résistance à cette compréhension était la plus grande. Et que, là même et alors même que l’homme devait le plus aider et collaborer, en s’effaçant, en comprenant, comme le chien fidèle regarde et aime son maître quoiqu’il arrive, sans intervenir, c’est là et alors que l’homme a dressé toute son ombre, imposé la misère tranchante de sa petite loi. Pourtant, de ce silence terrible où Elle S’était retirée, poursuivie, violée jusque dans ce silence impossible, Elle, cet absolu d’expérience refusé, nié, Elle dont on ne voulait plus ainsi car Elle avait trahi l’image de leur gloire, soumise par amour à un processus infamant, de ce silence immense et blanc à la mesure de tout ce qui nous sépare encore de la vérité vivante et matérielle, elle était une fois revenue : une ultime fois, revenue Se pencher au grand balcon, et regarder impossiblement cette marée humaine au cœur de laquelle Son amour était enseveli, empêché encore et encore – et pourtant…
Elle ne l’a pas dit, Elle n’a plus rien dit…
Mais le Passage était là, et Elle irait, malgré et en dépit de nous mais pour et avec Cela qui existe vraiment en nous, Elle irait là où Elle continuerait le travail, Elle passerait seule, inconnue, sans lâcher le fil, et de Ses seules mains offertes et plus puissantes que la foudre Elle construirait la réponse.
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