D'un seuil, témoigner

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J’étais reparti.

Et trois années à me débattre entre l’ombre et la confiance, la formation d’un exil, la grimace d’un rejet, et la nécessité pour simplement continuer à vivre d’aider ma propre certitude, ma propre expérience d’Elle et de C ela à éclairer ma vie, mon chemin. C’était finalement aussi à Ses pieds que l’ombre m’avait rattrapé ! C’est autour d’Elle que certains ont eu pour fonction à mon égard de cristalliser cette ombre et de la raviver. Et j’ai plongé dans la grande déformation – sans comprendre tout d’abord comment ni pourquoi, alors q ue je L’avais enfin trouvée, qu’Elle m’avait reconnu, repris et renommé, tout était pourtant devenu si tordu, si perverti et suspect ; puis, commençant confusément de comprendre, je devais pourtant vivre avec le sens d ’ une malédiction que mes efforts mêmes ne pourraient jamais que nourrir. Jusqu’à Elle, tout était dans la foulée, le jugement n’existait pas , les valeurs étaient fluides, l’obscurité flambait de lumière, tout était un seul appel. L’ayant retrouvée, j’avais retrouvé en même temps la fausse hiérarchie de Celui qui toujours veut s’accaparer l’exclusivité de l’Incarné, et contrôler l’accès au pouv oir, de Celui qui, toujours encore, est parvenu à L’étouffer, L’empêcher. Et tout s’était mélangé. Quoiqu’il se passe, j’étais du mauvais côté ; quand même je luttais contre les effets de l’adversité la plus insidieuse et la plus empoisonnée, de ses utilis ations les plus brutales et les plus intimes, quand même j’apprenais directement les fonctionnements et les méthodes de l’Adversaire, dans ma conscience comme dans celle d’autrui, et il me fallait endurer des tensions terribles, j’étais pourtant officielle ment condamné : l’ostracisme avait recommencé. Simultanément, et en-deçà , il y avait de l’espace intouché, imperturbable – et dans cet espace je pouvais, un peu, suivre et sentir, un peu éprouver et comprendre : Elle était là, matérielle, et parce qu’Elle était là, chaque instant de la vie comptait inestimablement, c’était pour Elle du temps gagné, pour Elle – et pour Tout – des secondes taillées dans le grand refus ignorant du changement : l’élaboration lente et minutieuse, infiniment silencieuse, d’un Seuil qui resterait pour de bon, d’une charnière matérielle invisible que rien ne pourrait détruire. Mais ce qui manquait affreusemen t, c’était le bain physique de S a Présence, la qualité, le sens, le contact, presque le goût et l’odeur de S on atmosphère physique. Près d’Elle il y avait l’assurance absolue que tout, tous les mouvements, les circonstances, les possibilités, les énergies, tout était consciemment contenu et nourri, abreuvé de Sens : la sécurité entière et constante, dans la vie même, d’un Sens plus qu’humain. Comme si, jusqu’à présent, ce Sens s’était tenu immobile, s’était abstenu de toute intervention, car jamais aucun être manifeste n’avait eu le courage ou cet Amour qui est Besoin, de se tourner vers lui, de le solliciter, d’aller le quéri r. Et Elle l’avait tiré avec Elle dans le monde et la vie. Avec Elle il était, par Elle, à travers Elle il agissait, ce sourire qui avait toujours attendu.

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