D'un seuil, témoigner
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Et nous en sommes là.
Il peut s’être écoulé déjà des années ou des siècles, ou des secondes, dans ce temps qui pour nous est encore réel, le temps relatif à notre état de conscience, il est possible que nous grandissions un peu, que nous mûrissions à un point d’adhésion tranquille… En S’en retournant, plus qu’Elle ne l’avait souhaité, derrière les voiles, Elle a aussi retiré au jeu des forces leur champ de bataille, Elle a diffusé partout le dernier repas des vieux antagonistes. Ici et là, dans Sa « ville » et ailleurs, la vieille histoire voudrait encore se reproduire. Mais ce qui en nous a vraiment besoin a, peut- être, juste eu le temps d’apprendre à se faire tout tranquille et invisible, à ne plus attirer les tensions et à laisser s’éteindre ces énergies trop longtemps connues. Et partout sur la Terre, dans une incohérence croissante, une action de tamisage, un choix d’une autre nature, un barattage tenu – par qui, par quoi – à bout de bras pour tout écarter de cette flamme destructrice dont la victoire serait celle du dérisoire et de l’absurde. Dans notre réalité humaine, il y a toujours une grande proportion de drame. C’est le drame, il faut bien le dire, qui nous soulève hors d’une inertie dont nous avons terreur. Les deux derniers millénaires ont été, finalement pour la Terre entière, dans notre substance, marqués au fer par un certain drame dont les données, comme celles d’un mécanisme invisible d’une précision infernale et infaillible, allaient fonctionner dans la trame de toutes nos expériences jusqu’au point de la grande faillite ; ce drame magique, progressivement actuel deux mille fois trois cent soixante cinq jours, chacun de nous en a peut-être à présent joué tous les rôles, sa sève a coulé dans nos veines pour toutes ces vies, qu’on le veuille ou non ses conséquences nous ont touchés, l’hypnotisme de sa densité a livré enfin son pouvoir. Tout est joué. Et ce n’est pas d’un nouveau drame dont nous avons besoin. Mais d’un autre état. D’une conscience plus vraie. Par ce dernier drame, et la transcendance d’un rire qui se souvient, notre subconscient s’est soulevé, s’est défait dans l’expérience commune, et d’anciens réservoirs inabordables, inaccessibles, se sont révélés là, tout près. Les extrêmes se joignent, la boucle est bouclée. (Le but de cet écrire n’est pas de démontrer la raison de ce que j’avance. Je souhaiterais ne rien affirmer. L’expérience ne s’affirme pas, elle se développe et devient seulement plus consciente. C’est, dans un acte de foi, la validité des évidences qu’elle met à jour que je souhaite communiquer, sans rien concéder à la pression d’un intellect qui ne peut que juger
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