D'un seuil, témoigner
L’Evolution est in vincible et inaliénable : c’est la Volonté et le Sens dans la grande, l’unique Force de tout. L’Homme, si grand soit -il, lui est subordonné. L’Homme, si petit soit -il, est le corps de sa poussée. Peut-être un des signes révélateurs de la direction de l’Evolution, à la présente lisière de ce passage imminent à une autre étape de sa marche en avant, est l’expérience de la ville, de ces métropoles qui ont bourgeonné sur la planète : l’expérience d’un déracinement radical de tout environnement naturel, d’une séparation d’avec les rythmes physiques de la Terre, dont la présence même devient une abstraction : l’expérience d’être projeté dans un milieu entièrement, exclusivement humanisé, et d’y grandir, d’y éprouver d’autres courants d’énergie, d’y découvrir les termes d’une autre aventure, et d’une autre espèce de choix. Car, alors, tous les autres supports physiques ayant été occultés par l’ombre multiforme de l’homme, la seule présence tangible du Mystère est le corps. L’homme est poussé dans le corps ; c’est dans le corps qu’il doit trouver le passage, c’ est dans le corps qu’il doit découvrir les clés de son propre dépassement. Survivre, c’est devenir.
L’Homme qui, depuis bien longtemps, a perdu le respect de la vie, est attendu dans le corps.
C’est là qu e tout se rassemble. C’est là que tout va se décider.
Ce corps, qui a enduré, supporté tous les excès, qui a appris à redouter et à craindre, plus encore que l’impétuosité des désirs, la marque rigide, l ‘imposition séparée du mental, le corps dont la conscience a été méprisée, écrasée, forcée, violentée sans cesse et sans répit, a pourtant en nous gardé, à travers tout, un ami, un frère : et leur secret partage du vrai n’a jamais cessé. Et ce frère, c’est celui qui regarde et qui sait. C’est celui qui aime. Et qui reconnait.
11
Elle ouvrait le chemin, Elle faisait le passage. Capable, de son droit inaliénable, d’accéder à l’état suprême, Elle en ramenait des torrents de Force nouvelle. Irréductiblement fidèle à la liberté de choisir, Elle n’imposait jamais, jamais n’utilisait le Pouvoir sans un assentiment ou un appel conscient. Elle souhaitait notre aide, par amour Elle priait pour notre adhésion et notre compréhension, mais Elle allait, Elle marchait, Elle donnait, par Elle cela coulait, d’Elle cel a jaillissait, les flèches vivantes d’u n Etat où tout est réconcilié, ou Tout a un sens, ou Tout va.
14
Made with FlippingBook Ebook Creator