Un Parcours

Quand Auragni vient passer quelques jours, et qu’elle le croise sur la route, elle lui dit tout de suite qu’il « déconne », et il se détourne.

Auragni est en transition ; elle vient de trouver un premier poste dans une compagnie indienne dirigée par Tata, à Pune.

C’est le mois d’Avril. Auragni a bien envie que je lui rende visite ; alors je me secoue et me persuade et prend encore l’avion jusqu’à Pune ; elle m’a arrangé une chambre juste là où elle a son studio de fonction, en dehors de la ville ; on ne se voit pas beaucoup, elle travaille intensivement, mais je me promène dans la ville et on se retrouve le soir. Un soir, comme ça, nous sommes tous les deux attablés l’un en face de l’autre dans un restaurant plutôt bondé, mais pas trop bruyant ; nous parlons de je ne sais quoi, en se regardant ; on se boit l’un l’autre, comme pour rattraper les années qu’on nous a volées ; tout d’un coup, je la vois, elle, sa pure magie : elle est lumineuse, mystérieusement riche, capable, plus que belle, consciente d’un trésor de ressource qui est sa for ce à elle. Comme lorsqu’elle était infante, je pourrais ainsi plonger en elle infiniment. Son sourire me répond… Mais ce qui m’arrive me surprend : je ne me sens plus de ce monde et ce qu’il s’y passe est presque étranger, presque terrifiant ; je réalise que je ne vis plus que par la Grâce. C’est vraiment une réalisation, celle d’un Fait. Ces quelques dernières années, les « raisons » de vivre se sont défaites : d’abord l’attachement à la vie même, lorsque j’ai « failli » partir, puis la brusque césure d’un chemin de service au

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