Un Parcours

acquis un téléphone portable, pour qu’on puisse me joindre à tout moment.

Colette a de plus en plus souvent besoin d’un appoint d’oxygène ; j’ai placé le cylindre près de son li t ; elle ne peut guère plus se lever et, avec l’aide -soignante de service (ce sont des femmes qui travaillent dur, chacune bien différente, et j’apprends leur expérience dans cette société), je la nettoie et la lave. Elle a parfois des réactions incongrues, comme si des bouffées remontaient sans gêne ; ainsi, l’autre jour, elle a traité Maurice, le gentil, le fidèle Maurice, de « con », avec l’accent de la rue, parce qu’il insistait à demeurer optimiste ; ce soir, elle s’exclame tout à coup, observant mes mouvements pour la laver, « voilà mon dernier amant »… ! Les moments de veille et de demi-sommeil se confondent aussi et il lui arrive de ne plus bien savoir où elle est : elle s’est écriée l’autre soir qu’elle venait d’avoir été accueillie par Mère avec tant d’amour, qu’elle en était bouleversée : je ne suis pas certain de la pureté de cette expérience, mais cela indique au moins clairement qu’elle est consciente, au-dedans, du passage imminent et de la réalité de Mère. Le 7 Avril, Colette fatigue beaucoup, essoufflée et inconfortable ; parfois elle a mal, le cœur fait mal, tout fait mal. Le soir, je dîne à la table qui se trouve juste de l’autre côté de l’alcôve communiquant avec l’atelier, tout près d’elle ; elle demande à parler avec Olga au téléphone et lui décrit ce qu’elle ressent ; Olga lui répond sans hésitation, directe : « alors, c’est la fin ! ». Je crois que je ne pense rien. Le besoin de calme offert. Colette finit par s’endormir ; nous sommes seuls tous les deux. Je tourne le divan pour être plus près d’elle. Je m’endors aussi. Je ne sais pas ce qui me réveille : ce n’est aucun son, c’est plutôt un autre silence. Colette s’est retournée sur le côté et vers le bas du lit, un peu en position fœtale ; elle ne respire plus.

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