Un Parcours
époux, qui se trouvait là dépêché par un corps médical international), elle suit les symptômes de Colette avec précision et sagacité et lui explique au fur et à mesure ce qui se passe et à quoi elle doit s’attendre ; elle lui a remis aussi un flacon de comprimés qu’elle pourra utiliser si la douleur ou l’angoisse ou la fatigue deviennent trop grandes, afin d’en finir. Je l’apprécie de plus en plus et nous n’avons pas de barrières entr e nous. Pierre et leur fils, Yann, deviennent aussi proches. Olga a fait parie de la première équipe de chercheurs, sous la direction de Luc Montagnier, qui ont pu identifier le « sida » et son action destructrice sur le système immunitaire, et elle a suivi ainsi plusieurs cas « terminaux » et en a appris beaucoup, qu’elle ne souhaite pas toujours mentaliser ; en cela, nous nous entendons bien aussi. Je dors près de Colette, qui a besoin d’aide à intervalles – soit dans la loggia de mon enfance, en haut d e l’escalier en colimaçon, soit sur le divan devant les grandes fenêtres, juste à deux mètres du sien ; j’ai peine à accepter une déperdition de discernement en elle, due à l’habitude inoculée par les hôpitaux de s’en remettre aux autorités médicales, de devenir « assistée », et de s’apitoyer sur son propre sort, de se plaindre, d’exiger l’attention des autres ; ce n’est pas aussi brutal que ces mots le dépeignent, mais c’est là et c’est comme une grimace et une tromperie, comme si elle acceptait d’être dup ée ; ce n’est pas tout le temps, loin de là, et elle demeure lucide et claire et présente, mais elle se laisse glisser plus souvent et, parfois, cela me révolte ; alors elle me dit « tu es dur » ! Et je m’en veux. Auragni travaille et étudie, travaille surtout, comme petite secrétaire dans un bureau palatial derrière la place de l’Etoile, avec une copine à elle qui est écuyère ; elle vient le soir. Elle et Colette sont confortables l’une avec l’autre, profitent autant qu’elles peuvent l’une de l’autre com me pour récupérer les années volées ; elles rient, se taquinent, regardent ensemble la télévision, se racontent « des choses ». Puis elle rentre dans le studio que lui prête l’ex -époux de sa mère. J’ai tout de même encore le temps d’aller en vadrouille po ur de longues marches dans la ville ; sur les conseils d’Auragni, j’ai aussi
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