Un Parcours
Kusum, à 74 ans, est comme une jeune fille ardente de progrès et d’amitié ; elle a voulu aussi monter sur le tronc d’un arbre renversé par le vent, devant Bhaskar et Anand qui s’occupaient de le tailler ; et elle est tombée, et a encore mal ! Mais elle en rit ! Je lis beau coup, j’écris beaucoup ; l’humanité est si riche, et si misérable à la fois. Je ne suis sûr de rien, en ce qui concerne le service que chacun doit donner : nous ne semblons guère capables d’honorer cette grâce qui nous a ouvert ce chemin ! … et voilà : comme une grande épée plantée dans le milieu de tout, une terrible vibration du manque et du dérisoire, le sens insupportable d’une déviation, d’une déformation, d’une absurdité logée dans la vie même : le phénomène de la mort ! Que la mort soit pour tous le seul fait invariable de l’expérience humaine ; que la mort ait usurpé ce rôle de l’absolu ! Que la mort soit la conclusion identique pour tous, quels que soient les parcours, les accomplissements, les développements, ou les défaites et les parjures ! Que la mort soit l’inévitable point final de toute aventure, déjà inscrit dans le premier instant ! La spiritualité a semblé nous enseigner une distance et un détachement de notre état matériel au p rofit d’une identification intérieure à une dimension de soi qui demeurerait égale indépendamment du corps, qui nous libèrerait en même temps de l’illusion de nos vouloirs de créatures séparées, nous permettant ainsi de traiter avec le monde, pour le reste du temps de nos corps, avec une bienveillance éclairée et une prière pour la libération de tous. Ainsi la spiritualité a-t-elle, en principe et dans son ensemble, accepté la mort – accepté le fait de la mort, et de la limitation de la manifestation, et l ’a presque légitimé.
487
Made with FlippingBook flipbook maker