Un Parcours
Comment calcule-t-on la dévastation produite par un jeûne public, par une immolation, par la volonté délibérée de s ’étendre sur les rails au nom d’une cause proclamée ? Doit- on confondre violence et force d’âme ? Mais la violence n’est elle pas toujours et en tous les cas force déviée et pervertie ? De quelles plaies et de quelles blessures doit-on faire le compte au tribunal de toutes les violences infligées ? A la fois une révolte et une distance se sont manifestées en moi depuis mon retour ; j’ai du mal à accepter nos prétentions, nous qui sommes si extraordinairement privilégiés ! Et encore un autre passage : On ne peut pas servir l’humanité : la notion même de service de l’humanité est fallacieuse, car l’humanité n’est encore que l’habitation de maîtres rivaux ou ennemis, un établissement qui a l’ego pour tenancier. On peut éprouver le besoin de servir le vrai dans l’humanité, de s’unir à cette perception d’une humanité intérieure qui tâtonne et s’efforce sans cesse de s’accomplir ; mais comment le servir bien, ce vrai, tant qu’on ne l’a pas trouvé déjà en soi -même avec cette certitude de contact qui seule permet de ne plus être trompé, égaré, influencé, détourné ? Il faut bien alors nommer le divin ! Puisque c’est de Cela et de Cela seul qu’il s’agit, originellement, relativement, et ultimement ! Mais comment se débarrasser une fois pour toutes de cette formation si terriblement réductrice d’un dieu séparé du monde – qui n’est que notre propre ego séparé, projeté et sublimé par l’absence ? Comment communiquer simplement, sans peurs ni prétentions, dans nos vies et nos actes et nos sensations mêmes le sens ou la conscience du miracle permanent ? Comment partager simplement l’expérience toujours plus évidente que nous sommes le Divin, qu’il n’y a que le Divin – et que notre condition est seulement primitive, embryonnaire, fragmentée ?
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