Un Parcours

Ce séjour est habité par la Grâce et l’expérience de ce privilège inqualifiable est de pouvoir accueillir tous les êtres quels qu’ils soient, de pouvoir les regarder dans la clarté de la conscience, sans mouvement personnel. J’ai pu prendre un peu la mesure du chemin parcouru, de l’unité établie, comme de tout le mélange et le bagage qui subsistent encore. En marchant ou en roulant dans la ville gigantesque, en observant et en éprouvant les êtres distincts et leurs atmosphères, en croisant tant de regards – ces secondes magiques où l’on peut tant saisir et presque étreindre -, une dimension d’humanité a respiré à nouveau dans ma conscience physique – et je dis « merci ». Un soir, au volant de la petite voiture bien chauffée (le mois de novembre était déjà rude) de René, une Opel à deux places un peu rare, j’ai dû ralentir au spectacle absurde de ces jeunes femmes vêtues de courts manteaux de fausse fourrure qu’elles ouvraient au passage d’un conducteur attentif afin de s’ex poser pratiquement nues, alors même que leur haleine se changeait en buée devant leur visage… telles des biches prises dans le faisceau des phares, espérant produire l’impression qui leur octroierait un moment de confort et de chaleur malgré le prix… mais leur acte m’a bouleversé car, pour en être capable, pour pouvoir ainsi offrir leur sexe nu dans le froid de la nuit et la clarté aveuglante des phares, elles devaient vraiment donner, donner de soi sans savoir, donner sans compter, donner à l’humain, donne r sans réserve ni attente, la pureté du don sans tricher, plus pure que celle des saintes charitables et compatissantes…

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