Un Parcours
Ce bateau est comme un hôtel flottant dans la bruine et la brume, et je hume pleinement l’odeur des goémons, après si longtemps ; je me sens comme amputé de mes autres corps – Bhaskar, Selvam, Anand, Shiva, Ramalingam… alors je respire pour eux aussi. Dans la maison des Prévôts, je découvre le grenier que Colette a aménagé avec tant de soin et de persévérance, tout de toile orangée et de lainé écrue, sa grande porte-fenêtre donnant sur son petit balcon dans la pente du toit d’ardoises et me tiens là, devant le champ voisin par-delà les haies ; Colette a préparé deux grands vases, des lys oranges s’ouvrant un à un et des roses thés bien épanouies… En vélo j’ai d’abord retrouvé la petite chapelle isolée où, je le vois bien maintenant, je pressentais enfant quelque chose de Toi, puis « ma falaise » devant l’immensité de la mer sauvage. Lorsque nous sommes tous les trois, Colette, René et moi, une harmonie s’installe, très discrète et très fine et paisible, qui est pour eux deux d’un grand réconfort, car l’attach ement de René pour Colette est souvent pour elle bien éprouvant. Ils m’introduisent, en voiture, à leurs promenades favorites et leurs lieux d’élection ; il y a beaucoup de grâce dans ces moments de partage. René est un être étonnamment intuitif, qui semble se mouvoir aisément au- dessus de l’intelligence ordinaire, et cela nous permet de communiquer plus directement et d’accéder ensemble, tous les trois, à un espace de partage d’une qualité rare, et cette possibilité qui nous est donnée, après tant d’année s, apporte beaucoup à Colette et la rassure et confirme dans ses choix de vie. Nous rions aussi, et sommes émus par les mêmes harmonies des lieux.
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