Un Parcours
de la Terre, jusqu’à ces champs ordonnés et ces routes rutilantes et tout cet ordre – plus d’animaux, plus rien qui dépasse ! Et une fois dans l’autobus et le train, je découvre ces personnes hermétiques, chacune avec son téléphone portable mais ignorant son voisin, de grosses chaussures de sport à la mode pour tous les « jeunes » et mes sandales pressent sur mes pieds gonflés par l’altitude et le froid… Il y a la tempête et le bateau ne peut partir ce soir ; j’ai déjà dépensé en une journée l’équivalent de la maintenance mensuelle d’un Aurovilien… Mais je vois qu’ici on peut trouver du travail à l’heure et ainsi se payer un filet de morue avec des frites pour trois ou quatre livres. Mon annulaire droit a encore enflé ; je coupe un peu mes cheveux devant le lavabo. Cette année, la lutte avec le pli de ce vieillissement délétère est devenue beaucoup plus présente – le refus de cette trahison, vile et inflexible, soutenue et guettée par cette mort toujours triomphante de tous nos progrès et de tous nos efforts… trouver le sens de demain, d’une vie qui évolue dans l’harmonie… Comment ? Je ne sais toujours pas me défaire d’un formidable dégoût env ers notre misérable condition… C’est pourtant dans le physique, dans le corps, qu’il faut établir cet état d’unité, d’égalité, incorruptible et invulnérable et puissant dans sa simple évidence… Ici, j’ai cette impression encore imprécise que tout réel changement de conscience inévitablement produirait des ruptures d’équilibre et beaucoup de souffrance, tant les individus sont identifiés à des modèles, des images, des codes et des règles…
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