Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Je ne parle pas du tout de ses manifestations, dont tu es souvent témoin, lorsqu’il me revoit, et qui sont l’expression de sa nature expansive… ! Mais de son adieu en mars dernier, qui me place dans un registre tout autre qu’avec les deux amis précédents. J’étais encore à la maison, mes valises près de moi, et sur le point de partir vers la voiture. La porte était fermée, j’entends un appel, c’était lui. Un adieu pas tellement adapté à notre différence d’âge, disons, ou alors justifié à l’égard d’une femme très proche. Pas de faux-semblant de sa part, j’en suis sûre ; de la sincérité au contraire. Situation que j’ai vécue naturellement. Et cependant, depuis, un besoin de comprendre me tarabuste lorsque m’arrive le souvenir de cette scène. Tu vas comprendre, toi, ce qui m’apparaît là d’assez particulier. Je suppose plusieurs choses : tout d’abord qu’il avait eu besoin de te voir et qu’il en avait profité pour me dire un adieu plus personnel qu’il n’avait pu le faire ; ensuite, que cette attitude passe essentiellement par l’amitié qu’il te porte ; et qu’ainsi il partage un peu la mère que je suis. Or, c’est cette expérience-là que je fais grâce à lui, cet Indien : expérience d’une culture, le temps bref d’un adieu gentiment tendre, mais également expansif, qui me fait, ou qui m’identifie à la figure maternelle centrale en l’Inde, et de l’Inde – et plus modestement à ce que représente cette figure dans le psychisme et l’affectivité d’Arjun. Je suppose ? Je crois néanmoins que cette hypothèse a quelque chose de vrai et de réel, à cause de sa force en moi. En fin de compte, cette lettre a été plus facile à écrire que je ne le pensais. J’espère beaucoup en tout cas que la pudeur à laquelle je tiens ne s’en trouve pas altérée. C’est qu’il s’agit, encore une fois, d’une expérience au-delà de ce genre de scrupule ou de considération. Une expérience intérieure favorable à un travail de conscience – et par la grâce d’une simple photo qui m’a parlé d’images autres.

Il faut que tu saches aussi – et fondamentalement -, que si j’ai eu ce besoin de te parler de tout cela, c’est que, dirais-

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