Lettres à Divakar jusqu'à 2005
m’adresser un agrandissement qu’elle a fait faire avec un cadrage sur moi seule).
Ce trouble ? Lorsque cette photo m’est apparue, je l’ai aimée et en même temps j’ai éprouvé une profonde désorientation. Tu vas voir, tu vas voir, je vais te dire tout… A comparer avec certaines photos prises récemment, - l’âge ; personne ne songerait que le modèle est près d’avoir 80 ans... Surtout, ne te méprends pas : je ne suis pas en train de me référer à je ne sais quelles « rides » qui, là, n’apparaîtraient pas…, il s’agit de tout autre chose. Un bon exemple d’ailleurs : je t’ai envoyé, datant de l’été dernier, une photo de nous deux René et moi devant la maison des Prévôts ; il est manifeste que je parais avoir des décennies de moins, c’est agréable, gentil, sympathique. Sans plus ; en cherchant bien, un regret facile qu’il n’en soit pas toujours ainsi ? Même pas. Je me sens bien, souvent, devant l’âge que j’ai. Alors ? Tout de suite une précision qui facilite mon entrée dans le vif du sujet. Dans ma lettre d’envoi à F. et C. j’avais fait, un peu, allusion à ce trouble. Qu’ils ont assez bien perçu, sans toutefois aller aussi loin que je vais le faire ici naturellement. Pourtant, en réponse, Christiane m’a aussitôt envoyé une photocopie de la lettre que tu lui as écrite en mars ; en soulignant cette phrase à propos du corps : « il est l’indice et le lieu d’un chemin plus conscient ». En t’écrivant ces mots je me demande si, précisément, il ne va pas s’agir pour moi de ce problème : conscience du corps et son articulation – ou sa non articulation – avec une conscience globale, active. Que s’est-il passé en moi, spectatrice de ce moi ? Un trouble dans le temps. A l’inverse en quelque sorte de la photo des Prévôts, ce n’est pas que je me sois reconnue – mais j’ai « reconnu » quelque chose en moi. Dont j’étais (peut-être) inconsciente sur le moment. Un drôle d’effet, en somme.
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