Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Samedi 24-8-91

Aimé,

Alors voilà, écoute bien. Dimanche dernier, lorsque le bateau Dinard–Dinan est arrivé dans le port, j’ai remarque qu’une longue et belle maison basse, dans un petit jardin, avec une petite dépendance, avaient été transformés en maison d’hôtes ; le surlendemain René et moi y avons été prendre une boisson dans l’après-midi : seuls dans le jardin, de temps en temps le passage du patron, un Anglais silencieux ; entre la barrière du jardin et la rivière, juste le chemin de halage qui va jusqu’au port de la Hisse (que Mamy aimait bien) ; en face, le versant rocheux et à-pic, couvert d’arbres jusqu’à la rive ; un pêcheur allongé dans l’herbe ; autour de moi, trois colombes peu farouches ; un temps superbe… Et, soudain, l’Inde était là, de façon forte et évidente… Si je t’ai donné toutes ces descriptions du lieu, c’est pour que tu voies que je ne pouvais pas me livrer à un jeu de comparaisons ou de ressemblances…, ça ne pouvait être le rappel de Pondy ! Ni même d’Auroville : c’était l’Inde que je ne connais pas. Alors je pense volontiers qu’il y avait un élément global – ce calme absolu mêlé à la lumière, deux choses que l’on note aisément mais généralement comme un élément parmi d’autres et sous forme d’exclamation. Là, tout ce lieu participait à un Tout calme et lumineux. J’étais englobée dans un espace sans frontières. Non pas une immensité, mais au contraire, je ne sais comment dire, quelque chose de grand et cependant à ma mesure… Il est vrai … qu’à travers ce calme je peux facilement retrouver - pas du tout mentalement – celui de mes promenades matinales vers « Dana »… Chemin de halage à Dinan, Chemin de Ronde à Saint Servan, Chemin des Douaniers tout à l’heure qui, partant de

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