Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Le nez sur la cuisine politique, rien au-delà, une analyse des deux hommes en présence ne dépassant pas un niveau psychologique particulièrement élémentaire. Ce que je veux en tout cas te dire, c’est ce que la personnalité de Mitterrand nous a révélé (« nous » : moi beaucoup, René presque autant, Ulrich avec qui nous avons déjeuné le lendemain pareil que pour moi) : une maturité d’homme qui s’accomplit, l’étoffe… Je ne dis pas qu’il est - trop d’obstacles sont encore là -, mais qu’il a en lui des qualités qui font les grands spirituels, ceux qui savent aussi emporter de la bonne terre à la semelle de leurs souliers, une pensée altière sans l’ombre d’un mépris pour quiconque, une exigence. A mon avis ce face à face politique se déroulait à l’arrière- plan à ce niveau : une pensée alliée à un vrai calme, face à des pensées et un effort de maîtrise, non pas de soi, mais du discours. Ce que Chirac a très bien senti, au point qu’il multiplie les meetings à coup d’accusations qui frisent la diffamation contre Mitterrand : une vengeance évidente. Il faut dire que si j’ai vu ce débat sous cet angle, c’est probablement parce que l’un des axes du travail que je prépare est ce rapport entre le penser ou la pensée, son espace nécessaire, et les pensées ; un rapport qui m’intéresse : un travail, celui de la pensée, pour organiser, élaborer, dépasser ce matériel que constituent les pensées. (Ces deux terrains, ou ces deux approches, amenant pour moi à la Conscience – amenant à, ou comportant la Conscience…). Hier j’ai consacré mon après-midi, comme René me l’avait demandé, à relire ce qu’il a déjà écrit (et qu’il a montré à Francis), et ce qu’il est en train de rédiger, qui lui donne beaucoup de mal. Je m’y intéresse et je me suis appliquée, dans les critiques qu’il me demandait de lui faire, à le forcer à développer sa pensée, à laquelle il manque souvent un maillon.
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