Lettres à Divakar jusqu'à 2005

« Pas du tout, je connais des juifs qui sont idiots !... »… J’avais envie de lui faire répondre : « Et moi je connais des Noirs et des Arabes qui ne sont pas du tout sympathiques !... ». Quelle sottise dans cette réponse et quel refus ! Maintenant je comprends ce que Francis me disait autrefois : « On me prend souvent pour un juif, et chaque fois j’en suis content !... ». Enfin voilà ; je pourrais beaucoup développer ce qu’il y a autour de cette pensée et de cette sensation que j’ai, mais je préfère te livrer cela tel que, même incomplet. Tu mettras bien les mots qui manquent. Et on verra. Envie de te parler des élections ; ou plutôt du « débat duel » comme on l’appelle, Chirac Mitterrand. Les élections elles- mêmes, tu en liras assez dans les journaux. Tout de même une chose : comme beaucoup je trouve inquiétante la profession de Le Pen ; on dit partout que parmi ses électeurs il y a avant tout les « désespérés » à l’égard desquels les promesses n’ont pas été tenues, et que c’est donc un électorat à récupérer. Je veux bien. Mais s’ils ne sont nullement fascistes, dit-on, comment font- ils pour ne pas voir ce que, par exemple, nous avons vu hier à la télévision : des gens autour de Le Pen, militants, ou ses lieutenants : en tenue de je ne sais quoi, béret tombant sur le front, et, je t’assure, un visage… terrifiant ! - le fasciste absolu ! C’est même très impressionnant en un sens de voir cette sorte de transfert, sur la morphologie, de certaines appartenances collectives, sans doute toute une manière et tout un niveau de pensée qui s’incarnent. Donc le débat, qui nous a beaucoup frappé René et moi, et plus encore l’émission à la radio, à peine le débat terminé, réunissant des journalistes pour en parler « à chaud » ; et en effet cela a permis de mesurer le fonctionnement mental des journalistes politiques !

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