Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Un exemple : nous nous trouvions dans un de nos restaurants habituels aux Ebihens ; à un moment le patron marmonne quelques mots à peine désobligeants à l’égard du serveur. Aussitôt je vois la métamorphose de René, regard fulgurant, corps tendu. Vite je lui dis : « Mais tu sais, le serveur n’est pas une victime, et tu sais très bien que le patron est un brave homme ; c’est comme si en voulant défendre la victime tu avais surtout besoin d’être contre le patron… ». A quoi il me répond – cela surgit parfois de la sorte : « Tu as raison… et d’ailleurs, ce ne sont pas tant les Palestiniens que je veux défendre, que les sionistes que je veux attaquer… ! ». Je le savais bien ; même si ce n’est pas toujours aussi radical en lui. Autrement dit, rien ne peut lui faire plus plaisir que ce qu’il appelle mon philosémitisme, qui le dispense d’analyser le glissement toujours à craindre entre anti- sionisme et anti-juifs ; qui le confirme dans ses choix profonds, mais aussi protège les réactions de sa « carcasse » (toujours ce clivage). Mais quant à comprendre vraiment ce que je tente – malhabilement – de lui transmettre, c’est une autre affaire. Pour moi il s’agit d’une découverte à travers un contact (je souligne car là est l’essentiel) avec l’intelligence que j’estime particulière de certains de mes patients juifs, ou de Green et de quelques autres, et aussi celle de René. Il ne s’agit nullement de « plus », de « supériorité », mais d’une qualité, d’une mobilité, d’un humour, d’une acceptation d’aller au-delà, - et non pas de ce fameux doute philosophique que l’on veut voir chez eux, qui est d’ailleurs « l’anti pensée juive » chez René. Tout cela peut parfaitement s’expliquer pour les tenants du rationalisme. Grands dieux, quand je pense à la réponse de Gascar à qui, je ne sais vraiment pourquoi, René faisait part de mes sentiments :
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