Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Vendredi 26-2-88

Aimé,

« Des choux glacés », « un marché par semaine »… ben, moi, je trouve que ça vaut la peine : c’est un gentil camarade ce frigidaire ! Comme tu vois j’ai reçu ta lettre du 19… Et à propos de l’Eloge de l’Ombre j’ai une curieuse histoire à te raconter ; je voulais le faire à l’occasion de mes deux dernières lettres, et puis je l’ai remis à plus tard ; mais, vrai, de quoi j’ai l’air, maintenant, après que tu m’en parles en ces termes ! Bon. L’autre jour je vois ce livre sur ma table et je trouve soudain curieux, puisque je t’en fais un « certain » éloge…, de ne pas te l’envoyer tout de suite. Un doute me prend, ou plutôt monte des profondeurs où je l’avais logé. J’ouvre le livre ; je le parcours ; une quantité de phrases banales me saute aux yeux, que je ne peux plus incriminer à une mauvaise traduction. Je fais alors un retour en arrière pour retrouver les circonstances de ma première lecture. Et je retrouve, très exactement, l’état dans lequel j’étais. Deux soirs, au-dehors la tempête, et le second soir la violence de celle-ci s’accroît (il y a eu cette nuit-là pas mal de dégâts aux environs). J’ai peur pour la maison, et aussi je me dis que ça suffit comme ça les dépenses. J’ai peur également, de cette peur que je sais ancestrale en moi, dans mon corps, devant la furie de cette Nature. Alors il y a ce livre dont j’apprécie la typographie, le papier, le confort de son maniement. Je me souviens t’avoir écrit « qu’il n’avait l’air de rien »… mais qu’il était subtil ! Autrement dit, j’avais besoin qu’il le soit, une sorte de réassurance.

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