Lettres à Divakar jusqu'à 2005
présence ou non d’un patient, ou selon mon besoin ou non d’abréger. René est parfaitement au courant de son existence (c’est Durel qui est à l’origine de cet élément fondamental dans ma vie, mon départ du Crédit Lyonnais). Je dois préciser que Durel est de ces hommes que l’on pourrait qualifier « d’heureux » : une vie qui a toujours été pleine d’intérêts divers, femme, enfant, une maison très belle aux alentours de Mougins, la peinture qui est essentielle pour lui et qu’il accomplit avec un talent très profond (j’ai là plusieurs magnifiques albums qui lui ont été consacrés). Bref, il n’aurait nul besoin de finir sa vie avec les reliques du passé. Pourtant c’est ce qu’il fait. Seulement d’une manière très particulière, je ne sais pas du tout comment la définir. Il ne s’agit pas du tout de ce genre de situation où le Sujet n’aime pas tant l’objet de son amour que son amour pour l’objet, cette interprétation réductrice ne tient pas en ce qui le concerne, ou du moins est parfaitement insuffisante. Donc, par je ne sais quel tour de passe-passe, ou par je ne sais quelle alchimie, il fait de ce passé qu’il a besoin de rappeler minutieusement et religieusement un actuel, un présent. Alchimie qu’il porte et apporte à chacun de ses coups de téléphone. C’est un mystère, presque. Et parfois, après que j’ai raccroché, il y a quelque chose de pénible, un déroutage total ; où est le Temps ? Double Temps, celui de mes artères comme on dit, et l’autre qui « en réalité » s’est dissout ou qui, tout simplement, n’existe pas comme on dit aussi ? Si cela m’est pénible, pourquoi continuer d’accepter ces appels, mais la question n’est pas là et la seule chose que je puisse faire est d’abréger ces « dialogues » lorsque j’en sens le besoin.
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