Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Il arrive depuis quelque temps que René fasse quelque critique à propos de la vie bourgeoise que mènent Philippe et Ulrich et de leur argent, qu’entre parenthèses ils gagnent par leur profession ; et je ne proteste guère. Avons-nous besoin de quelque prétexte pour justifier une prise de distance ? Est-ce la différence d’âge qui nous gêne ? Mais nous n’aimons pas la compagnie de ceux qui ont le nôtre… Tout cela, me diras-tu, quelle importance ? Philippe et Ulrich ne sont pas pour moi des êtres faisant partie de ma vie, simplement disons qu’ils représentent l’inattendu, l’inhabituel, un peu, et qu’à ce titre ce ne devrait être qu’agréable. Seulement voilà, ça s’inscrit dans ma tête sous la forme d’un point d’interrogation… Quelquefois je me sens mal à l’aise avec des gens qui m’aiment bien, comme si leur façon de bien m’aimer m’enfermait ou m’immobilisait ; je ne suis plus moi-même (déjà que ce n’est pas si facile !); cela me donne envie de dire des bêtises ! Enfin, j’arrête : curieusement, ce sujet devient inépuisable ! Pourquoi, dirais-je – un truc comme une galerie des glaces… ou l’éternel recommencement, ou le serpent qui se mord la queue… ? La seconde des deux choses, j’en parlerai moins longuement, par pudeur. Et le point d’interrogation serait plutôt dans ma tête un point d’arrêt, ou encore un décalage et pour cause. Il s’agit de cet ami d’autrefois, un lointain autrefois, et qui est peintre : Durel. Un jour, il y a plusieurs années de cela, un élan très fort l’a poussé à me rechercher, il a téléphoné à la maison, on lui a donné mon numéro au 27… et depuis, il m’appelle aussi souvent qu’il le peut, trop rarement à son gré ; aussi longtemps que je peux l’entendre, c’est-à-dire selon la
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