Lettres à Divakar jusqu'à 2005
J’espère influencer René quand il reviendra, car au téléphone il se plaint : « Je mange trop… ! » « Pourquoi fais-tu ça ? » « Mais qu’est-ce que tu veux, il n’y a que des menus… ! » « Tu n’as qu’à supprimer un plat ! » Silence… … Hier, déjeuné dehors avec Paul, c’était gentil et agréable. Et surprenant : je t’avais dit déjà combien sa naissante surdité est pénible pour moi, lors du déjeuner hebdomadaire à la maison ; elle est réelle, je veux dire que les mesures audio métriques sont claires, une perte de 30% parait-il. Or, quand nous sommes tous les deux, rien n’apparaît, je parle normalement et il entend normalement, si bien que nous parlons de tout ce dont nous avons envie de parler, et librement ! Maintenant… trois matins par semaine je commence à 9 h, au lieu de 8 ; ces matins-là j’aime bien prendre mon petit déjeuner au « Camilou », le bar tout proche ; une clientèle, au comptoir, d’employés, d’ouvriers, et quelques dessinateurs du lycée technique ; la salle est séparée du comptoir par des vitres, si bien que j’entends ce qui se dit de manière plutôt atténuée ; j’écoute ou je n’écoute pas selon les moments. Or l’autre matin ils parlaient politique, les élections approchent. ; et bien que, tout compte fait, ce ne soit guère étonnant, j’ai tout de même été stupéfaite : ils s’en foutent des uns ou des autres, profèrent des âneries à propos de tel ou tel homme politique – pas du tout des remarques visant à dire que tous se valent plus ou moins ou que les promesses électorales sont du vent, non : d’énormes âneries ! J’ai eu le sentiment d’un fossé exorbitant entre ces hommes politiques, qui parlent plus que jamais des gens, du peuple, des « Françaises et des Français », de « mon pays », qui vont dans la rue, au marché serrer des mains – et cette masse que justement ils ne voient jamais.
633
Made with FlippingBook flipbook maker