Lettres à Divakar jusqu'à 2005

… J’apprécie beaucoup ta remarque à propos de la dichotomie, en René, où en effet, comme tu le dis très justement, la « carcasse » va son propre chemin… Je ne crois pas qu’il se soit jamais posé cette question que tu évoques ; j’ai toujours eu l’impression, comme je te le disais, qu’il se satisfait de cette « lucidité », dans le genre des moralistes qu’il affectionne ; qu’il ait des regrets des manifestations de la carcasse, certes ; mais des regrets de surface je crois, comme s’il y avait là, en lui, une structure inchangeable, une sorte de fatalité, quoi ! Et puis, j’en ai bien des expériences, c’est si fréquent que l’on ne puisse renoncer à tous ces défauts – de la carcasse, ou de la cuirasse – qui créent tant d’embûches, à cause des « avantages » qu’ils procurent ailleurs ou autrement ; en ce qui concerne René, des décharges qui, souvent, semblent s’imposer à lui. La question qu’il devrait se poser, telle que tu la poses, j’imagine bien qu’à l’occasion tu pourrais, toi, l’aborder avec lui. Moi, je risque trop – vu que je suis la première à être gênée par ce « manifeste » - de n’être pas assez désintéressée, de ne pas avoir la bonne distance, et d’être ramenée par lui à utiliser un langage trop connu.

Reçu une gentille lettre de Susan ; je vais lui répondre bientôt.

Avec toi, je le sais, toujours,

Colette.

***

Vendredi 11-12-87

Aimé,

Et dire que je suis pleinement d’accord avec ce que tu me dis de ma remarque sur l’âge !

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