Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Ce matin-là, exceptionnellement, j’étais allé en ville faire des courses ; j’appris la nouvelle dans la rue du marché, une ou deux heures plus tard. De cette chute, Diane M. resta paralysée à partir du bassin. Elle se remit de nombreuses fractures, mais refusa d’être opérée pour rétablir sa mâchoire inférieure, qui resta déformée. Lorsque Diane M. et Johnny W. m’appelèrent dans la maison qu’ils louaient près de l’Ashram à Pondicherry, pour me demander de travailler avec eux à la construction d’une demeure – la réalisation d’une offrande matérielle au Divin, « Ravena », signifiant en sanskrit « par le cri de l’âme » - près de dix années s’étaient écoulées. Nous étions toujours restés proches et il arriva souvent que je passe des journées ou des nuits auprès d’elle, ici ou là, selon les besoins du moment, car elle était entièrement dépendante d’une aide extérieure ; mais Johnny avait pu graduellement réorganiser sa vie personnelle de façon à être constamment disponible et c’est ainsi que leur cheminement commun devint de plus en plus profond et entier. Johnny était aussi arrivé à Auroville dans les toutes premières années ; issu d’un milieu social très argenté des Etats-Unis, il s’appliqua à soutenir diverses entreprises aurovilliennes avec les moyens dont il disposait et toute la bonne volonté courtoise dont il était capable ; avec Diane M. cependant, il trouva aussi un chemin de sadhana qui ne cessa de l’animer. Avec la création de « Ravena » Diane M. souhaitait intégrer en une harmonie ample et forte tout ce qu’elle avait pu comprendre et assimiler, au fil de ces années difficiles, de la vérité à réaliser ici, sur la terre et dans le corps. Quand je pus commencer le travail – Johnny s’occupait du soutien financier, de l’achat du terrain, près de Forecomers, au bord d’un grand canyon -, après maintes études de plans que nous fîmes ensemble, Diane M. devint un peu impatiente de pouvoir revenir dans Auroville ; mais la construction de cette demeure offrande allait prendre du temps, et nous convînmes ensemble que le plus simple et le plus heureux pour chacun et pour le travail était de construire une hutte - temporaire mais suffisamment confortable, pour qu’elle et Johnny puissent revenir dés lors dans Auroville et se trouver ainsi tout près de cette création. Ainsi je construisis une hutte assez spacieuse, à quelques dizaines de mètres de « Ravena », avec son petit jardin enclos et privé pour Diane M. (Elle avait établi une discipline quotidienne assez rigoureuse, incluant beaucoup d’exercice physique, car elle n’avait jamais renoncé à recouvrer l’usage de ses jambes, et la lecture de l’œuvre de Sri Aurobindo, surtout « La Synthèse des Yoga » et « Savitri »).

525

Made with FlippingBook flipbook maker