Lettres à Divakar jusqu'à 2005

mettre à côté du lit et remplacer le beau fruitier qui va trouver sa vraie place … aux Prévôts. Pourtant… je retrouve cet « état » auquel j’ai fait allusion dans ma dernière lettre, et que je ne peux mieux décrire que comme un mécontentement du corps ; je n’avais pas à me le formuler, mais je le vivais incontestablement ce jour-là comme ma conséquence d’une mauvaise alimentation dans les Cévennes. Etat, qu’en m’offrant aux souvenirs, je retrouve jusque dans mon enfance, où, justement, je mangeais trop vite : comme une distance entre « moi » et l’enveloppe corporelle, une mauvaise adhérence, une mauvaise adhésion. Je me souviens aussi que, lors de mon premier voyage à Pondicherry, alors que je faisais l’expérience de la chaleur, tu m’avais demandé ce qu’était donc mon malaise, et je t’avais dit que c’était comme si ma peau était à distance de mon corps ; tu m’avais répondu « je comprends » et ça m’avait apaisée. Or, la chaleur, oui bien sûr, mais je comprends mieux maintenant qu’il s’agissait avant tout des troubles intestinaux bien connus pour qui débarque là-bas. Et en psychanalyse on a bien vu combien la « digestion », accompagnée de tant de représentations, de symboles, d’images, est fondamentale. Ceci précisé, je note en moi une sensation de distance, de lourdeur – de manque d’unité – qui a toujours été le signe de « quelque chose ». Si bien que ce mécontentement du mardi, lié à la nourriture, a réveillé d’autres états comparables, probablement. Mais pourquoi cette reprise du travail par une séance unique à 19 h, ce qui n’est pas dans mes habitudes ? Séance qui grinçait un peu dans ma journée, alors que la vraie reprise du lendemain ne me pesait pas, au contraire. Elle était en effet imprégnée de mes tergiversations de juillet, lorsque je m’étais enfin décidée à la fixer à ce patient-là. Qui, ce patient ?

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