Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Des mas, qui sont donc, ici, des groupes de maisons, très clairsemés ; les façades sont si intactes, avec leurs belles pierres, qu’on croit ces rares maisons ou ces villages la propriété de tel riche, amoureux des lieux ; il n’en est rien : beaucoup sont abandonnés ou, de près, délabrés… Ce que j’aime, ce sont ces grandes étendues qui éclairent les versants ; et les forêts de pins qui embaument… J’ai regardé, admiré, aimé ce pays, vraiment, et très librement. C’est même cette liberté qui fait apparaître, sans altération je crois, les goûts profonds de l’individu, moi en l’occurrence – et ce besoin, cet appel profond qui gît en moi, intact, ce façonnement de tout mon organisme par le pays ouvert sur la mer. ... Demain nous revenons vers Paris en passant par la Provence pour revoir André Tzanck : un homme surprenant, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à d’Astier ; il a 86 ans, très mince, habillé avec une gentille coquetterie, d’un esprit très vif, une mémoire bien entretenue ; il lit sans lunettes, s’intéresse à tout, musicien, peintre… Franchement, cela fait plaisir à voir… ! Cela m’a réconfortée, même beaucoup, ce que tu me dis du message de Satprem ; je dirais presque : « enfin ! ». Cela répond d’ailleurs à ce que je continue à croire, à vivre, d’Auroville. S’il n’y avait pas cette folie à propos d’Auragni, je pense que j’arriverais infiniment mieux, maintenant, à prendre « la bonne distance », hein ! Mais ce n’est pas si tranché ; et je sais bien ce que « ça » me fait, et que c’est un progrès si je vois les choses avec plus de force…

… Je t’aime,

Colette.

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