Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Il faut aussi que je réfléchisse à ce que tu me dis du « transfert » ! La clé de voûte de la psychanalyse ! Déjà je pense à ceci : longtemps on a dit, avec Freud et l’expérience de la clinique, que les psychotiques ne faisaient pas de transfert ; puis, toujours à force d’expériences, on a dit que si, ils en faisaient, à leur manière. Quant à moi, j’ai souvent été effleurée par l’impression que ce mode, le transfert, n’était peut-être pas si absolu, du moins avec certains qui n’étaient pas nécessairement psychotiques. J’ai même envisagé que c’était moi qui ne le favorisais pas, par une forme de « résistance » ; mais je sais aussi que bien des analystes induisent ça, dés le début, par des interprétations abusives – pour se protéger avec l’intouchable axe de la théorie. Enfin, il faut que je pense profondément à tout cela. Merci – permets-moi de te le dire et redire ! Depuis ma dernière lettre, nous avons quand même décidé de repartir sur les routes, pour revoir les Baux et la Camargue ; contente de cette nouvelle exploration, car cela m’a permis à la fois de trouver très beau ce massif blanc, mais en fin de compte inexistant comparé à ce que nous découvrons ici… Quant à la Camargue… cette fois-ci on a traversé toute la plaine, paysage de marais où l’horizon se confond entre terre et ciel (et la confusion était totale entre le ciel gris et l’étang de Vaccarès, miroir absolu, sans rides, à peine quelque frémissement au bord…). Mais vraiment, je dois reconnaître que les Cévennes sont splendides ; hier, juste un petit circuit de 60 km dans le massif proche de l’hôtel ; puis nous avons marché, c’est-à- dire descendu au fond d’un vallon (d’où, bien sûr, il a fallu remonter, ouf !) ; écoute, c’était tout à fait plaisant ! Pas du tout une gorge, mais des pentes vallonnées, douces, pleines de charme, ce qui n’est pas si fréquent en montagne.

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