Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Lorsque je regarde tous ces paysages que je te transmets chaque année, lorsque je tombe en arrêt devant cette Beauté qui m’impressionne tu le sais ; lorsque je vis dans mon autre « haut lieu » à Sincérité… Il s’agit d’un contact essentiel avec les Choses, la Nature, l’Existant comme tu dis. Et ma vie quotidienne à Paris m’apparaît alors sous le jour étriqué, réducteur de la routine : tu as raison d’employer ce mot qui me sert de mesure. Mais, au soir de ces journées d’une toute autre qualité, au moment de m’endormir, il m’arrive d’éprouver une sensation gênante, comme si je me sentais trop tirée par, ou vers, « quelque chose » d’indéfinissable. Alors je sais – ou plutôt cela me confirme que j’ai un autre besoin, un travail. Ecrire, oui. Mais alors, tout à la fois, je pense : écrire quoi, il y a des milliers et des milliers de livres ; oui, mais écrire est un processus interne non négligeable ! Ecrire : tu as dit « faire une recherche », et cela aussi est pour moi une excellente mesure. Mais quelle recherche ? Il est vrai que ce travail autour du rêve dont je t’ai parlé entre dans cette perspective. Et à ce propos je dois rencontrer en septembre cette femme, Marika, avec qui je veux aborder un point particulier de son travail ; et à cause de ce mot « recherche », j’entrevois dans cette rencontre une occasion d’ouverture. Ecrire : quoi d’autre ? D’une part, c’est me trouver confrontée à ce fait, que j’ai depuis longtemps découvert : je n’ai pas d’imagination. Mon intense activité de rêveries, de « fantasmes » est à cet égard trompeuse. Mais une question s’est posée à moi, tout à coup, sur cette plage : et si cette sorte d’activité mentale … bienheureuse obstruait l’imagination ?!

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