Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Bien sûr – sinon je serais une drôle d’analyste – j’évalue très bien, de l’intérieur, leur évolution. Mais j’avais un trouble dans la perception du temps, trouble incontestablement lié à celui que j’éprouvais secrètement à la perspective du saut à accomplir, après … 20 ans de ce métier ; ou plus exactement qui en a été le révélateur. Imagine qu’à partir du moment où j’ai vraiment commencé à envisager l’arrêt de mon travail, je me suis tarabusté l’esprit à l’idée d’avoir à « caser » mes patients – « tant à la fois », me disais-je, « impossible ! ». Et tout en m’affirmant à moi-même que je ne voulais pas être emprisonnée par un tel problème, que je saurais très bien les dégager de leur « transfert » sur moi, mes scrupules professionnels et humains à l’égard de mes patients me tiraient en arrière. Tu juges alors de ma surprise à la constatation de mon aveuglement. J’allais donc, bien au contraire, pouvoir conduire ces treize- là, les accompagner jusqu’au terme de leur analyse ! Quant aux autres, ils sont déjà suffisamment avancés. Et constatation pour constatation, j’en ai fait une autre. C’est-à-dire que j’ai été en mesure de prendre pleinement conscience, que j’avais peu à peu décroché. Ce qui ne signifie nullement le moindre désintérêt, ou une sorte d’abandon, mais simplement que je suis ailleurs, que c’est fini (et sans que cela altère le moins du monde ma façon de travailler). Ce saut, il ne s’agit pas de le nier, mais je ne le redoute plus. Et d’ailleurs, j’ai été mise à l’épreuve mardi dernier, ce qui est une bonne chose. A l’occasion d’une réunion scientifique de l’Institut à laquelle je suis exceptionnellement allée, et que j’ai beaucoup appréciée, « tout » a rappliqué, surtout au moment où Green a pris la parole : tout, c’est-à-dire les regrets d’être restée en marge, de ne pas avoir assez travaillé sur la

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