Lettres à Divakar jusqu'à 2005

réponse libre … qui ne soit pas altérée par une attitude défensive. Très subtile, d’ailleurs, est cette mise au point entre nécessité de me protéger et nécessité de ne pas avoir, justement, une attitude rigide de défense… Il me reproche assez souvent de n’être pas spontanée avec lui : c’est assez vrai. Mais ce qui est également vrai c’est qu’il a longtemps confondu, et continue de le faire, impulsivité et spontanéité (impulsivité avec sa charge de violence) : de quoi précisément m’inhiber ! D’autant plus que je suis déjà d’une certaine manière inhibée par sa faculté inouïe d’oublier… … L’oubli donc, chez lui : il faut le lire comme un déni, ou une dénégation, deux figures du refoulement ou, pire, du rejet. J’ai apprécié que tu dises qu’en lui il y a « des éléments qui refusent activement le mouvement transformateur… ». … Et l’on conçoit sa souffrance lorsqu’il lui arrive de faire le bilan de sa vie : tant de choses tombées sous le couperet de ses refus, de ses peurs, de la faiblesse de son « Moi » dont il est obligé de parler sans cesse… Alors qu’il a tant d’autres possibilités, comme tu l’as souvent noté… Du coup… c’est une continuité qui se perd, au profit d’une répétition … des symptômes, des projections, des dérives… … Tout cet ensemble chez lui qui agit activement sous le couvert d’un « choix » affirmé de vivre avant tout (et presque fièrement) le présent. Or, à tort ou à raison, cela me semble une illusion… Il me semble que si l’on se fixe sur ce « présent » on isole, on morcelle, et ce n’est pas par hasard. Il y a des moments, oui, des instants, offerts à la perception, de cela je suis convaincue ; à vrai dire il y a là tout d’abord cette capacité à être en contact avec la perception, à s’identifier, dans un présent peut-être, mais si élargi qu’il devient plus réellement, et tout simplement, le temps – « l’espace-temps » comme on dit. Bon. J’arrête là...

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