Lettres à Divakar jusqu'à 2005

concentration tranquille, et un retrait conscient de l’état corporel, laissant une situation accomplie… Ce qui est peut-être le plus pénible à présent, c’est que nous nous trouvons comme entre les deux ; C doit retrouver sa confiance, mais cette médicalisation intensive l’a comme aliénée d’elle-même. J’en reviens toujours à ce point : ce qu’il aurait fallu éviter, c’était cette seconde opération, en Novembre ; depuis ce moment, c’est une lutte de chaque instant pour remonter la pente… J’ai toujours cette référence intérieure – comme des images du passé – d’une mort simple : digne, sans faiblesse ni peur, sobre. Et en cette époque où nous sommes maintenant, un certain type de connaissance mentale et pratique s’est développé de manière si poussée et si aigue et si fragmentée à la fois, et avec un tel pouvoir d’hypnose et de conviction, que c’est comme si on ne savait plus mourir, on ne savait plus s’en aller. Cela fait sûrement partie d’une transition collective et d’un apprentissage : car nous allons nécessairement vers un état de conscience où non seulement la défaite du corps sera vécue autrement, mais elle cessera d’être inéluctable. J’aurais voulu, aimé, souhaité, que C soit plus libre intérieurement, soit de s’orienter vers une cessation corporelle dans la paix et la tranquillité, la tendresse et l’amitié, à Auroville, avec moi, parmi nous, soit de se tourner vers Toi et de trouver en Toi la force positive intérieure pour affronter ce retour en France… Mais il y a comme une force contraire qui n’a pas cessé d’agir toutes ces semaines, une force d’indécision et de prostration qui opère par vagues, comme si le but était de rendre la condition corporelle si inhospitalière que tout l’amour que C a de l’harmonie lâcherait prise. Et il me semble que je n’ai pas été à la hauteur, que je n’i pas été un bon combattant… Mais à travers tout, C est si belle et si désireuse d’apprendre, de progresser, de s’unir… Il y a un amour, là, qui est célébré… *8-3-2001, Mumbai : C s’est ressaisie. Et tout de suite, les médecins ont décidé de la transférer dans une chambre seule, où j’ai pu également m’installer. Le départ de C pour Paris s’organise pour ce lundi prochain au soir. C’est comme d’avoir longé un précipice, dans la tempête et la nuit, et d’arriver enfin sur le plateau un peu ensoleillé, dans une sécurité physique retrouvée…

*10-3-2001, Mumbai : Comment dire l’innommable ?

Je suis un témoin impuissant : voilà un être, une personne, une manifestation, une femme, une sœur, une amie, une mère physique, dont le corps a porté mon corps, une compagne dont la vie et le chemin sont liés aux miens par l’amour humain le plus inconditionnel qui soit, voilà cet être, cette femme si belle, en travail et en marche et en progrès, qui parvient à ce seuil redoutable,

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