Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Un traitement intensif d’antibiotiques et d’autres substances lui fut de suite administré ; C était de nouveau arrimée à toutes sortes de moniteurs, dans une atmosphère remarquablement propre et sophistiquée. Je fus autorisé à garder la chambre d’hôtel. Je n’avais presque plus d’argent avec moi, et C non plus. Je pus juste téléphoner à Selvam à Auroville, pour qu’il prévienne en France depuis Auroville. *6-3-2001, Mumbai : Ce matin C, n’en pouvant plus de cette nausée constante, douloureuse, qu’elle éprouve comme une torture, a demandé qu’on la laisse dormir, qu’on la laisse mourir. Je suis là autant que possible, sans direction, impuissant. Les circonstances se modulent et s’ordonnent : la main de la Grâce y est évidente. Au niveau instrumental, c’est l’équipe d’Europe Assistance qui prend les décisions et les responsabilités. Et du point de vue médical, il est probable que les conditions dans lesquelles C a été placée sont les meilleures qui existent ici. « Lilavati » est réputée dans tout le pays. … J’ai rencontré les docteurs. Voici le bilan : les deux poumons sont atteints ; le poumon gauche avait déjà une lésion ancienne, tandis que le poumon droit a été atteint pendant l’anesthésie et l’isolation, au cours et à la suite de la dernière opération en Novembre dernier ; cette double faiblesse pulmonaire a donc exposé C à une infection (une pleurésie) qui n’a pas été entièrement éradiquée par le traitement de Datta ; la nausée est le résultat de l’un de ces cercles vicieux typiques de toute l’approche thérapeutique officielle – vulnérabilité intestinale après l’opération et aérophagie, aggravées par les traitements médicamenteux qui ont suivi et par le refus de C de se nourrir suffisamment de crainte de vomir… D’après eux, C devrait être en état de voyager après quelques jours ; mais ils doivent d’abord stabiliser son niveau de potassium et d’oxygénation du sang. Et naturellement, selon le cardiologue, la situation est telle maintenant que l’âge joue contre elle… Voilà pour le panorama médical… Ce que je souhaite encore, ce que je continue de souhaiter, de mon côté, c’est que C se remette de cette épreuve suffisamment pour s’engager dans la dernière phase de sa vie corporelle avec plus de conscience et de réelle tranquillité, et d’amplitude et de concentration à la fois. … Je dois m’en remettre à la Grâce directement… Il y a, pour grossir les choses, un conflit entre deux issues : l’une est cette formation de désastre, de défaite et de désagrégation, non seulement du corps, mais de la situation et de la conscience – c’est une formation que R a exprimée très crûment un jour récent à Paris, alors que je l’accompagnais à la banque, « tu assistes à un désastre », avec toute la densité psychologique correspondante. L’autre est une issue progressive, faite de paix et d’un regard qui s’éveille, d’une force d’harmonie qui conduit tout et chaque élément à sa fruition, à son meilleur, et s’exprimera nécessairement par un rassemblement, une

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