Lettres à Divakar jusqu'à 2005
par la loi aveugle qui nous gouverne encore : non pas celui de la mort, de la cessation matérielle ou corporelle, mais celui de l’usure et de la désintégration. Et à ce seuil attend, telle une entité toute prête, une vieille femme, une vieillarde qui veut dominer, prendre le dessus, absorber, effacer, dévorer. C’est comme un monstre, une caricature, qui guette au bout, ou le long de chaque geste, de la plus anodine des opérations physiques, du moindre déplacement, de chaque expression. Et il faut trouver la flamme de l’être vrai, central, et l’attiser, l’aimer, l’honorer ; il faut poursuivre le chemin, il faut continuer sans tomber sous cette emprise, sans céder à cette défaite qui se présente comme une atténuation confortable, un refuge temporaire, un répit apparent… *13-3-2001, Aéroport de Mumbai : Je viens de laisser C et J.F à l’aéroport international ; J.F va s’occuper d’elle pendant le voyage et l’assister jusqu’à son arrivée à l’hôpital Saint Joseph à Paris, où un nouveau bilan devra être fait au plut tôt. Avant de quitter Lilavati, J.F a mis C sous oxygène pour optimaliser le niveau de saturation sanguine ; tout est arrangé pour qu’elle voyage allongée, au repos. Je lui ai acheté une nouvelle robe, lui ai lavé et reteint les cheveux, elle s’est maquillée : elle est adorable ! Et elle a été bien courageuse au moment de la séparation physique. Malini vient de me déposer à l’aéroport domestique. J’ai dit à C que je ne la quitterais pas ; mais il faut que ce soit vrai, hein ! 15-3-2001, Auroville : C a téléphoné hier soir, de l’hôpital Saint-Joseph, très émue ; les médecins veulent la garder ; ils ont trouvé bonne sa condition générale, mais une prise de sang artérielle a montré que les antibiotiques n’avaient pas pu détruire le virus (ou le microbe) qui s’est installé dans ses poumons – évidemment, puisqu’elle l’a contracté alors même qu’elle était encore sous antibiotiques après l’intervention chirurgicale de Novembre ! Ils lui administrent à présent, par perfusion, un nouvel antibiotique très puissant, et la traitent aussi avec des aérosols… Je ne puis rien dire et ne dois chercher à exercer aucune influence : seul un mouvement au-dedans de son être, de confiance en la Grâce, d’abandon positif à Cela qui peut et sait, serait supérieur à cette impression de sécurité qu’elle éprouve dans le milieu médicalisé qui lui est maintenant devenu familier. Je ne puis qu’essayer de lui communiquer, autant que possible, le besoin l’intégrité consciente, de courage et de liberté… Finalement, le traitement administré à l’hôpital Saint Joseph vint à bout de l’infection pulmonaire et Colette put rentrer chez elle – avec une capacité respiratoire très diminuée !
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