Lettres à Divakar jusqu'à 2005

*29-11-2000, Saint Maur : Hier j’ai rencontré le chirurgien, puis l’anesthésiste ; je n’ai pas apprécié leur attitude, mais cela fait partie d’un ensemble : les intentions sont louables, la discipline est légitime, les progrès sont incontestables, tout cela est admirable et tout à fait respectable ; mais il y a, à la base, et aussi dans la manifestation, quelque chose d’essentiellement faux, comme une usurpation, et une illusion. En quelques jours seulement, tout ce merveilleux contexte médical aurait le pouvoir de faire de ma C, d’une personne entière, d’un être qu’ils ne connaissent pas, une vieille femme sénile ! C’est à crier ! Et je ne puis rien faire que d’être là, à tenir le fil et écarter les suggestions, à être presque comme aux deux bouts d’elle à la fois. Oh, comme tout cela, comme tous ces engrenages logés dans nos corps et les pouvoirs de tous ces conditionnements, comme tout cela est dégoûtant, révoltant : comme ce mensonge est puissant ! *1-12-2000, Saint Maur : C refait surface ; hier on l’a débranchée des moniteurs et portée dans une chambre séparée ; elle recommence à manger. Mais les radios des poumons montrent encore une obstruction – une conséquence de l’anesthésie générale -, et les docteurs veulent faire une fibrilloscopie : aspirer cette poche bronchiale avec un petit tube, sous anesthésie locale de la gorge. Elle devrait en principe quitter l’hôpital dans quelques jours ; et là, se pose un autre problème ! R est malade à nouveau, avec une angine ; tous les deux dans le même appartement ? Dés que possible, je veux emmener C en Bretagne, et qu’elle ait un vrai repos. *3-12-2000, Saint Maur : C hier s’est maquillée, et nous avons marché un peu dans le couloir, puis nous avons regardé ensemble un film à la télévision, et écouté de la musique. R est venu et reparti seul en taxi, car j’avais eu avec lui une scène intense le matin, qui a produit ses effets ! Nous avions convenu que je le retrouverais chez eux pour que nous fassions ensemble des rangements et préparions l’appartement pour le retour de C ; mais il m’attendait tout habillé pour sortir et aller chercher des résultats d’examens sanguins ayant trait à cette grippe qu’il avait lui-même « soignée » en prenant une forte dose de somnifères ; et il est apparu qu’il n’avait aucune intention de se prêter à ces rangements, ni de faire le moindre effort pour alléger l’atmosphère ; je lui ai livré mon impression qu’il ne pensait qu’à lui et que je n’avais donc rien à faire là, et je l’ai laissé dans la rue ! *21-12-2000, Saint Maur : Hier a été une journée difficile : C, qui ne peut plus respirer auprès de R, a éprouvé une fatigue très intense ; elle a eu une forte baisse de tension, et a dû lutter toute la journée, dans ce climat que je ne parvenais qu’à peine à alléger, pour demeurer centrée et endurer une vague d’accablement très massive.

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