Lettres à Divakar jusqu'à 2005

dans deux passages très forts de ta lettre : l’un sur ta conduite (athéiste) et ta perception essentielle (le Suprême), l’autre sur « l’action d’un absolu » et « la suprématie du relatif ». Et pour ce qui est de la « réalité de la conscience », ou de la « présence intérieure », je crois pouvoir me compter parmi leurs plus sereins critiques… Reste, bien sûr, « cet autre niveau d’expérience » auquel je n’ai pas accédé, ce « seuil » que je n’ai pas franchi ; et je comprends bien qu’une réelle différence en puisse résulter entre nos deux approches de la Réalité. Sur ce point, je veux tout de même te dire que je me refuse à confondre ta mise en garde avec celle que les psychanalystes adressent trop volontiers à ceux qui croient pouvoir interroger leur démarche sans avoir été eux-mêmes psychanalysés : entre le refuge derrière un prétendu savoir et le très concret mûrissement d’une foi authentique, la distinction me demeure facile ! Autre chose. Tu décris fort bien « l’exigence » dont je me réclame le plus ouvertement, et le « cadrage de la pensée » qu’elle implique : mais, pour autant que je puisse en témoigner, mes engagements successifs ont toujours été sous-tendus par je ne sais quelle exigence beaucoup moins rationnelle. Et fort peu recevable dans le contexte psychosocial que j’ai reçu en partage… En fait, je me demande si ma seule résistance à ton propos ne concerne pas, exclusivement, les quelques passages où tu t’efforces toi-même d’argumenter rationnellement une démarche qui n’a sans doute aucun besoin de l’être. De sorte que, s’il nous est donné de pouvoir encore nous en entretenir « en direct », ce sera plutôt (me semble-t-il) pour en approfondir le sens – et nullement pour discuter sur quelque formulation que ce soit. Je ressens profondément que cette affaire est la nôtre – pour quelque impartageable « raison »…

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